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A-t-on le droit de parler de la santé de Jacques Chirac ?

SURLERING.COM - BIG BROTHERS - par Philippe Bilger - le 02/02/2011 - 1 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

 

Que d'hypocrisies !



Chaque jour l'indécence, l'impudeur et la vulgarité REELLES s'amplifient mais le scandale serait de parler de la santé de Jacques Chirac et de s'interroger - après Charles Pasqua qui sans doute ne l'a pas fait par hasard - sur la capacité de notre ancien président à affronter son procès à partir du mois de mars. Que n'a-t-on entendu sur Le Journal du Dimanche  ayant consacré une double page à ce problème préoccupant qui touche à juste titre tous ceux nombreux qui éprouvent de la sympathie pour Jacques Chirac et se rapporte à une échéance capitale pour la Justice et la démocratie !

On dirait qu'on a oublié déjà les tromperies graves inspirées par François Mitterrand sur sa santé contrairement à son engagement initial de transparence. Connues plus tôt, de même que l'existence d'une seconde famille subventionnée par la République sans que le citoyen basique en ait rien su, les unes et l'autre auraient peut-être infléchi le vote aux élections présidentielles de 1988. Je le dis d'autant plus volontiers que je regrette la majesté supérieurement intelligente de Mitterrand et que j'ai éprouvé la plus vive admiration, sur le plan politique, pour l'homme de droite qu'il était redevenu et pour son immense courage devant l'épuisement et les épreuves. Il n'empêche que pas un Français, devant ce qui lui a été caché, n'a approuvé cette dissimulation d'Etat et il me semble qu'on devrait toujours se rappeler cet exemple pour mieux appréhender le présent.

Quand j'entends Benoît Hamon invoquer, au sujet de Jacques Chirac, le respect de la vie privée, encore faudrait-il qu'il y ait en l'occurrence proprement "vie privée" et, par ailleurs, manque de respect (nouvelobs.com, le Monde). Je comprends les réactions de ses proches pour lesquels le simple fait d'évoquer, à tort ou à raison, le déclin physique de cette force de la nature et le ralentissement de son attention au monde et à autrui constitue une intolérable offense. Plus que le propos sur sa santé, c'est de soutenir qu'elle se dégrade, qui les blesse. Mais Jacques Chirac n'est pas n'importe qui.

Ancien président, il n'a jamais quitté, en vérité, les feux de l'actualité, d'abord parce qu'il est aimé et qu'on ne désire pas perdre la trace d'un être qui appartient d'une certaine manière à votre existence, ensuite parce que ses activités ont continué à le maintenir au coeur de la curiosité publique, notamment sa Fondation et ses rencontres avec des personnalités éminentes françaises et étrangères - ce qui devient une véritable information -, enfin la triste mais légitime évidence qu'à partir du mois de mars il comparaîtra avec d'autres prévenus devant le tribunal correctionnel de Paris pour des infractions qu'il aurait commises en sa qualité de maire de Paris. Qu'il puisse ou non participer aux débats, qu'un renvoi du procès soit demandé ou non à cause de sa santé n'est pas une donnée indifférente, voire neutre, mais une interrogation qui relève du questionnement démocratique. Il n'est pas honteux, à quelques semaines d'un événement capital, de lui attacher la gravité qu'il mérite en se penchant sur son principal protagoniste.

Dans ces conditions, contrairement à Alain Minc qui, surfant sur une hostilité facile à l'encontre des médias dans ces domaines où la protection de la personne semble devoir tout dominer, s'est permis de dénoncer le JDD qui aurait violé une règle non écrite d'exclusion de la santé des personnalités publiques des sujets possibles et décents, je persiste à alléguer que la vie de Jacques Chirac n'est plus, depuis longtemps, une vie privée comme les autres. Dès lors qu'une existence intime a une incidence sur le débat public et que la curiosité citoyenne n'est pas sordide, il serait choquant de la maintenir à l'abri de tout et de tous.

A la seule condition que ce for intérieur, cette plongée dans ce qui ressort des affections physiques soient abordés avec la pudeur, la dignité et le respect quii conviennent. Ce n'est pas la faute du JDD si certaines des personnes entendues pour cette double page ont fait état d'appréciations négatives ou pessimistes, à commencer par Bernadette Chirac dont le démenti sur Europe 1 peut apparaître plus guidé par la volonté après coup de réparer une révélation maladroite que par l'envie de contredire un propos qu'elle sait avoir tenu.

A ce sujet, je ne comprends pas pourquoi elle-même, et sans doute d'autres, s'inquiètent au sujet du sort de Jacques Chirac si le procès n'était pas renvoyé. Contrairement aux craintes de son épouse, il n'y a aucune raison pour que Jacques Chirac soit traité différemment des autres justiciables, "ni mieux ni plus mal". Cette angoisse est d'autant plus vaine que l'ancien président lui-même, qui déclare "se porter très bien", n'a jamais argué d'une quelconque crainte à ce sujet et a toujours manifesté l'intention de s'exprimer et de s'expliquer  devant la justice (France 2). Comment Bernadette Chirac, reprenant une idée fixe, peut-elle mettre en cause ce procès qu'elle "ressent comme une diminution de la fonction présidentielle" ? Si "la fonction présidentielle" est atteinte indirectement, c'est en raison d'un nouveau statut qui à la fois permet de protéger le président durant l'exercice de son ou de ses mandats mais autorise qu'on le poursuive à l'expiration de son action publique. C'est ce qui est reproché à Jacques Chirac, aussi ancien que cela soit, qui, s'il est déclaré coupable, offensera rétrospectivement une présidence qu'il a assumée noblement sur le plan humain. C'est une chance pour la démocratie qu'un tel débat puisse se tenir et que l'égalité des justiciables devant la loi soit ainsi consacrée. Valérie Pécresse, quant à elle, est assez honnête pour admettre la validité et la force de ce principe mais affirme, à titre personnel, "ressentir un malaise vis-à-vis du procès de M. Chirac". Quoi de plus normal ? Qui pourrait entretenir un rapport joyeux avec ce qui adviendra? Qui pourrait aisément faire le partage entre la sympathie que suscite l'homme aujourd'hui âgé et l'ardente obligation pour la République de demeurer fidèle à son esprit? Que les faits soient anciens ne doit pas décourager les épris de justice puisque ce retard vient précisément du souci légitime de préserver la "fonction présidentielle".

Alors, plus d'hypocrisies !

On ne peut pas feindre de déplorer aujourd'hui ce qu'hier on estimait nécessaire et qui le demeure. Jacques Chirac mérite tous les égards mais on a le droit d'écrire sur sa santé et de continuer à le considérer comme un citoyen qui n'est pas tout à fait ordinaire.

Pour le meilleur et pour le pire.

Philippe Bilger



Toutes les réactions (1)

1. 16/08/2013 19:12 - La Lumiere en trois

La Lumiere en trois"A-t-on le droit de parler de la santé de Jacques Chirac?"

Oui, qu'il crève !!

Ring 2012
Philippe Bilger par Philippe Bilger

Ancien avocat général près la cour d'appel de Paris, écrivain. Ring wall of fame.

Dernière réaction

"A-t-on le droit de parler de la santé de Jacques Chirac?" Oui, qu'il crève !!

La Lumiere en trois16/08/2013 19:12 La Lumiere en trois
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