Sur le RING

Benoît XVI - Un cœur intelligent

SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Pierre Cormary - le 14/01/2011 - 20 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Lecture de Lumière du monde, un entretien de Benoît XVI avec Peter Seewald :  Lumière des siècles contre siècle des lumières.




Les communistes avaient tenté de se débarrasser de Jean-Paul II par un attentat. Les festivistes auront tout fait pour se débarrasser de Benoît XVI par la diffamation. Manque de bol, tout ce qu’ils auront tenté contre lui se sera, comme toute entreprise diabolique, retourné contre eux. Jamais un pape n’aura été en effet aussi présent dans le consortium et tout en étant aussi anti-consortium. Jamais un pape n’aura été si critiqué, c’est-à-dire si commenté, écouté, lu, et, c’est notre thèse, sourdement approuvé. Les faiseurs d’opinion répètent à qui mieux mieux que « l’opinion » est contre lui, mais il suffit que celui-ci rappelle, comme en août 2010, en pleine affaire Roms, que le devoir des cités est « d’accueillir les légitimes diversités humaines » (et dans un message en français, donc destiné à la France) pour que les pires gauchistes, qui la veille en étaient à formater de fausses preuves prouvant qu’il aurait participé à cinquante affaires du Coral en même temps, ou qu’il aurait un Mein Kampf caché dans son missel, en fassent quasiment un des leurs du jour au lendemain. Comme si on rêvait secrètement que ce pape honni rejoigne notre camp. Comme s’il s’était imposé dans l’inconscient collectif, et cela malgré la haine forcée qu’on lui porte, comme la figure tutélaire dont nous aurions besoin (1). Au fond, Benoît XVI incarnerait une sorte de sainteté fascinante à laquelle il apparaîtrait tellement difficile de s’élever qu’on préfèrerait faire semblant de la conspuer. Du coup, ce sont les traditionnalistes qui le trouvent brusquement trop progressiste ou trop faible et le traitent de malheureux pontife « cédant » aux contraintes du siècle, notamment sur la question obsédante du préservatif… Bref, la confusion est totale et le succès de Lumière du monde, son livre d’entretien avec Peter Seevald, best-seller autrement plus complexe et plus éveilleur que celui de Stéphane Hessel, prouve que « l’opinion », cette délinquante imprévisible, veut y voir clair.

Ce que ce pape aura enduré en cinq ans de pontificat, tout de même ! Pas une semaine sans que le monde ne veuille lui faire la peau ou lui reproche tout et son contraire (même porter le camauro l’a rendu suspect !). « Nazi », ou tout simplement « allemand », « nazi car allemand » (pauvre Alain Minc ! pauvres Guignols de l’info !), complice des pédophiles, sinon pédophile lui-même (hélas ! on eut beau mener les enquêtes les plus acharnées, on ne trouva rien qui aurait pu prouver qu’il aimait les films de gladiateur), véritable Palpatine pontife, tel apparaît encore ce pape à ceux qui ont de la merde dans les yeux, alors qu’il restera dans l’histoire comme le premier qui décida de s’attaquer  aux dossiers qui fâchent (ce qu’avait soigneusement évité de faire son charismatique prédécesseur). Pape purgatif en quelque sorte, osant désinfecter son église des malades qu’elle contenait et hélas protégeait pour une bonne part. Pape préventif qui le premier se permit de parler nommément de préservatif, arguant que dans certains cas, il pouvait être le premier pas vers une humanisation de la sexualité, et soutenant par ailleurs sans aucune réserve la fameuse théorie ABC (Abstinence – Be faithful – Condom). Pape du Tiers Monde, aussi acclamé par les Africains qu’honni par les Européens - ces derniers révélant à cet égard leur racisme larvé, à force de répéter aux premiers, toujours à propos de l’inévitable latex, que c’était un « assassin » qu’ils recevaient chez eux, et qui au lieu de leur parler de prévention comme il aurait dû («  eh toi, homme noir, y en a mettre la capote si toi y en a pas vouloir attraper maladie ») allait au contraire leur parler d’amour, de paternité, d’humilité, d’esprit de vie, à travers la figure emblématique de Joseph accueillant Marie. Pape ami des Juifs (son premier acte en tant que souverain pontife fut d’écrire une lettre à la communauté juive de Rome), et traité d’antisémite seulement par des goys complexés ayant trop vu les émissions de Mordillat-Prieur.  Pape réconciliateur qui remit au goût du jour le rituel tridentin (et alors ? sans latin, la messe nous emmerdait), soucieux de retisser les liens entre passé, présent et avenir, l’Eglise n’ayant pas commencé avec Vatican II, et du reste sans nier Vatican II. Pape professeur et conscient d’avoir été choisi par Dieu pour cette raison, chargé de redonner un peu plus d’esprit critique et de sensibilité au monde, de faire réapprendre les relations entre la raison et de la foi, l’Eros et l’Agapé, de redonner envie de redécouvrir en profondeur ce Jésus de Nazareth dans un essai éponyme, chef-d’œuvre théologique s’il en est. Pape hyper travailleur mais qui déteste l’activisme et l’agitation stérile et dont la devise est « à chaque jour suffit sa peine ». Pape politique, évidemment, et auteur de ce qui aurait dû devenir la seule vraie Constitution européenne – à savoir, ce discours incroyable d’intelligence, de culture et de finesse qu’il prononça au Collège des Bernardins le 12 septembre 2008 (et que l’on peut relire ou réécouter ici :


Pape que protestants et orthodoxes sont prêts à reconnaître comme le porte-parole de l’ensemble de la chrétienté et à lui accorder « une primauté d’honneur » - en attendant une rencontre enfin possible avec le patriarche de Moscou. Qui en effet mieux que l’évêque de Rome peut aujourd’hui se faire entendre dans le monde au nom des chrétiens d’Orient ? Quelle autre autorité que la sienne peut exercer une influence même symbolique (2) urbi et orbi ? Pape exorciste, enfin, qui dévoila et continue de dévoiler toute la saloperie de l’époque, révélant de par sa seule présence la racaille antimétaphysique de notre monde, et prenant sur lui les crachats et les injures de tous ceux qui ont justement un problème avec la pédophilie ou le nazisme. Car il ne faut pas se leurrer : avec notre manie de l’eugénisme, de l’hygiénisme, du spécisme, en attendant le clonage, on fait en sorte que la solution finale soit pleinement en cours. L’infantilisme généralisé, la puérilité revendiquée, la vérité qui sort de la bouche des enfants (« enfants : toujours en parler de manière lyrique », disait Flaubert dans son bêtisier), l’innocence accordée au désir, le catharisme total de la nouvelle anthropologie font le reste. Si les affaires Dutroux ou Fourniret nous ont tant horrifiés, c’est parce que la pédophilie est notre cauchemar – c’est-à-dire notre rêve réalisé, sans limites et sans latence. Et si nous ne supportons plus Freud, c’est parce que Freud est celui qui a décrypté le négatif dans le sexuel – et que nous avons oblitéré le négatif.  Comme nous avons oblitéré le péché et le tragique. Comme nous avons oblitéré les ténèbres et leurs leçons. Comme nous avons, enfin, oblitéré la lumière. Même la nôtre.

Alors, il faut l’ouvrir ce livre et comprendre….

Humanité, romanité, infaillibilité

Humanité de Joseph Ratzinger, ce vénérable professeur, pianiste à ses heures (et jouant du Mozart !), qui ne voulait pas devenir évêque, qui ne voulait pas devenir préfet, qui ne voulait surtout pas devenir pape, et qui est devenu tout ça, année après année. Le pontificat qui lui tombe dessus comme une guillotine, ce 19 avril 2005. Son Gethsémani à lui : « que fais-Tu de moi ? Maintenant, c’est Toi qui portes la responsabilité. Il faut que Tu me guides ! Je ne peux pas. Si Tu as voulu de moi, alors il faut aussi que Tu m’aides. » Ou comment parler à Dieu quand on s’appelle Benoît XVI…. ou Steevy, Mouloud, Kevin, Yasujiro, Jean-Pierre.

Son église universelle. Encore la plus énorme du monde avec ses 1,2 milliard de membres, et cela même s’il a la sagesse de rappeler le mot de Saint Augustin selon lequel il y en a beaucoup qui semblent apparemment dedans alors qu’ils sont dehors et beaucoup qui semblent apparemment dehors alors qu’ils sont dedans. On l’aime ce pape qui se défie de la majorité comme légitimité – comme il se défie du communautarisme et du nationalisme, au grand agacements des maurrassiens, avoués ou non, pour qui le catholicisme est d’abord une affaire de culture et d’ethnie. On la respecte et on l’admire cette romanité (qui faisait tant hurler Simone Weil), alors que c’est par elle que l’Eglise a pu se construire, trouver son unité,  imposer sa parole souveraine, et se donner les moyens de réprimer comme il se devait les paroles déficientes (hérésies et sectes). S’il y a un génie du catholicisme, c’est bien dans cette structure centralisée et impériale par laquelle il sut contenir ses intégrismes, transcender ses contradictions et assurer sa grandeur. Amin Maalouf le reconnaissait déjà dans son Dérèglement du monde : le drame du protestantisme, et surtout de l’islam, est que n’ayant jamais bénéficié d’unité ni d’autorité centrale, ils n’ont pu éviter de sombrer dans le pire que contient toute religion, et même toute organisation autodéterminée : l’anarchie sectaire, l’anti-intellectualisme, le fanatisme candide, le manichéisme sanglant - tout ce que la papauté, quelle que soit la critique qu’on en fasse par ailleurs, a su éviter (3). L’autocéphalie comme processus dévastateur des églises et des individus – voilà ce qu’il faut combattre. Et qui n’a rien à voir avec l’autre idée géniale de l’Eglise romaine, d’ailleurs récente, je veux parler, bien sûr, de l’infaillibilité pontificale.

Il faut le défendre cet insupportable credo antimoderne qui signifie non pas que le pape est infaillible dès qu’il ouvre la bouche mais qu’en matière de dogme et de morale, et par extension en matière de Logos,  « il existe une ultime décision », soit une ultime vérité. Autrement dit, tout n’est pas ouvert. Tout ne se vaut pas. A un certain moment, « il faut s’arrêter ». Anagké Sténaï, disaient les Grecs. Basta ! Au diable Humpty Dumpty et tous ceux pour qui les mots et les choses ont la signification qu’on veut simplement leur donner. Retour au sens. Retour à la contrainte du sens. A la responsabilité du sens. Le sens comme droit, devoir et désir de l’homme. Le sens comme accomplissement de la liberté réelle, conséquente et transcendante et comme jouissance de l’être. Et l’infaillibilité pontificale comme contre-pouvoir (jubilatoire) au pouvoir du monde.
Mais pourquoi l’Eglise serait-elle la seule à être infaillible ? -  en voilà une question qu’elle est bonne. Mais parce que l’Eglise n’a plus que la vérité pour elle. L’Eglise n’a plus rien à perdre à dire la vérité au monde. Comme l’a bien montré Philippe Muray dans Le XIXème siècle à travers les âges, et par lequel nous lisons cette Lumière du monde,  l’Eglise n’a plus, depuis 1870, aucun pouvoir concret sur les gens, aucun moyen de faire appliquer ses condamnations, et bientôt, avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat, aucun lien avec le monde temporel. Elle peut donc se payer le luxe de dire sans réserve ce qu’elle pense de celui-ci. Que ceux qui ont des oreilles pour entendre entendent !

« Ca semble à tout le monde le comble de l’intransigeance et du dogmatisme ultramontain, c’est en réalité le maximum de ce que l’on peut faire comme prise de position libérale et même libertaire puisque le pape n’a plus aucun pouvoir et qu’il s’attaque à tous les pouvoirs qui sont contre lui. Il donne une liberté de pensée à la libre pensée. En s’affirmant infaillible. C’est-à-dire en précisant qu’il ne s’autorise que de lui-même. Croix de croix, être de l’être, je sais ce que je sais…Infaillible d’infaillible. Humilité totale et, entre parenthèses, formulation superbement analytique puisqu’il est devenu la causalité de sa parole. (4) »

Pour autant, la communication ne fut pas toujours le fort de ces cinq premières années de pontificat – et cela même si les media auront rivaliser dans la désinformation, les amalgames, les partis pris. Avoir été piégé dans l’affaire Williamson est une chose (on sait maintenant que la fameuse interview de l’évêque révisionniste à la télévision suédoise fut enregistrée en novembre 2008 mais diffusée en janvier 2009, et comme par hasard, le lendemain de la levée par le Vatican de son excommunication), mais ne pas être allé vérifier sur Internet ce que tout le monde savait de ce clerc délirant en est une autre -  et laisse aussi songeur que lorsque sur un terrain de football, le monde entier vient de voir une main à la télévision, sauf l’arbitre. Du reste, Benoît XVI le reconnaît.

Comme il reconnaît, et là tout à son honneur, à propos des scandales pédophiles, que ce n’est pas parce que les attaques par les media contre l’Eglise n’ont pas été exclusivement menées au nom de la vérité et de la justice, c’est le moins qu’on puisse dire, et qu’elles comportaient une large part de haine antichrétienne, qu’il fallait s’en défendre. Alors bien sûr, on pourra toujours honnêtement rappeler que les pédophiles sont partout là où il y a des enfants et pas simplement dans l’Eglise catholique. On pourra même citer les travaux de Christian Pfeiffer, ce criminologue américain qui a démontré qu’il y avait eu somme toute bien moins d’abus sexuels dans l’Eglise catholique que dans les autres, notamment protestantes. On aura beau jeu de polémiquer en faisant remarquer que la plupart de ces affaires d’abus sexuels remontent aux années 60 et 70, soit la période qui fut celle d’une constellation pédophile à nulle autre pareille dans le monde occidental - l’idéologie « légitimant » la maladie, et la maladie s’installant partout, y compris dans les caves du Vatican. Mais qu’importent les circonstances atténuantes ! Comme le dit le pape : « c’est seulement parce que le mal était dans l’Eglise que d’autres ont pu s’en servir contre elle. » Et la règle veut qu’il y ait toujours quelque chose d’injuste dans la justice, comme il y a toujours quelque chose d’immérité dans la punition que l’on mérite. Quand on est coupable (et surtout de ce crime-là), même les procès d’intentions ont leur légitimité. Comme le disait avec son impitoyable charité, Simone Weil :

 « Accepter le mal qu'on nous fait comme remède à celui que nous avons fait. Ce n'est pas la souffrance qu'on s'impose à soi-même, mais celle qu'on subit du dehors qui est le vrai remède. Et même il faut qu'elle soit injuste. Quand on a péché par injustice, il ne suffit pas de souffrir justement, il faut souffrir l'injustice ».

Sainteté
 
En vérité, il fallait que l’Eglise soit traînée dans la boue pour qu’elle se sorte définitivement de cette histoire. Et le courage de Joseph Ratzinger fut d’aller jusqu’au bout du processus punitif – et d’en appeler, fait incroyable pour un pape, à la justice humaine. Finis les secrets de confessionnal ! Aux oubliettes, la raison d’église ! Place à la transparence judiciaire ! A la vérité dite ! A « l’amour bien compris ! » Le voilà le credo magnifique de ce pontife boche, quoique d’une exigence scandaleuse pour notre monde cathare persuadé que « l’amour suffit », que le bon sentiment prévaut, et que c’est grâce à la faculté qu’on a de s’indigner à tort et à travers qu’on devient un Jedi. Or, l’amour sans raison ni autorité, sans conscience du négatif, ne vaut rien. Encore un credo que partagent théologiens et psychanalystes.

Au bout du compte, ça veut dire quoi être chrétien ? Ca veut dire reconnaître la saloperie de son être (NDLR : le péché originel). Ca veut dire avoir une certaine conscience de soi en même temps qu’une conscience du négatif. Ca veut dire apprendre à retourner le négatif en positif, le mal en bien, la faute en châtiment et le châtiment en rédemption. Et si cette crise qui frappa l’Eglise était la meilleure chose qui lui était arrivé depuis longtemps ? Il a l’air de le penser, Benoît XVI, quand il dit que « cette année sacerdotale a été insupportable au diable, et c’est pour cette raison qu’il nous a jeté toute cette saleté au visage. » Il faut se servir du diable contre lui. C’est cela le génie du catholicisme. Et cette apocalypse pédophile fut peut-être le fait de la providence qui « en nous humiliant, nous force à recommencer à nouveau ». A renaître. A ressusciter. Le catholicisme – religion du phoenix s’il en est (5).

Or, c’est cela que l’époque, bien plus puritaine et psychorigide que tous les Benoît XVI du monde, ne peut supporter. La pensée classique optait pour un chiasme entre totem et tabou, interdit et transgression, abîme et extase, autant de possibilités infinies dans la vie comme dans la mort : enfer, purgatoire ou paradis, autant d’excès grandioses entre lesquels l’homme se déchirait. La pensée moderne (ou post-moderne, je ne sais jamais !) voulut surtout mettre l’homme et la loi à niveau. En finir avec le vertical. Imposer l’horizontal comme seul horizon. Eriger une législation pratique, applicable pour tous et par tous. Au diable, catabase, anabase et autres foutaises métamorphiques de la pensée chrétienne ! On ne descend plus si bas, on ne monte plus si haut. On pointe à la Halde et cela suffit amplement question transcendance. Et puis, la sainteté, ça n’a servi qu’à rendre fou les gens, ma bonne dame. Pourquoi la vie serait-elle difficile, d’abord ? « Garder comme critère ce qui est difficile, ce à quoi les hommes peuvent toujours se mesurer de nouveau, voilà une mission qu’il faut remplir si l’on veut éviter de nouvelles chutes… », qu’il dit. Garder le difficile, c’est un peu difficile, non ? Garder le sacrificiel, ça sert à quoi, je vous le demande ?  Le célibat des prêtres, c’est affreux, quand même, admettez ? Montrer que des hommes peuvent renoncer à leur vie d’homme pour les beaux yeux de la Vierge Marie. Montrer qu’un héroïsme contre-nature est dans la nature de l’homme. Moi, je préfère trinquer avec vous, madame Michu. Et au nom de quoi tous ces efforts de dingue, mon Dieu ? Il paraît qu’il y a encore des ouailles qui veulent qu’on les édifie avec du dur, de l’âpre, du costaud – et pas du festivus. Et ben pas nous, mère Michu. Non, ce que nous voulons, nous les mutants, nous les cathares, nous les Gentils, c’est une réglementation minimum et un respect maximum de ces règles – exactement comme ce que avait dit Michel Onfray à Nicolas Sarkozy dans son fameux entretien de Philosophie magazine avec Nicolas Sarkozy lors de la campagne de 2007 : « Il devrait y avoir peu de règles, mais qui puissent être respectées, non pas transgressées. »  Dans le monde d’Onfray, le péché est une fiction – et le pardon une science d’hypocrite. Dans le monde d’Onfray, la morale ne se moque pas du tout de la morale, oh que non. L’obligation moderne, c’est être toujours à hauteur de soi, à égalité de soi. Pas bouger. Pas péter. Tu dois avoir des sentiments exacts, des affects justes, des sensations légales. Tu peux faire tout ce qui est permis, pas plus, pas moins. Et si tu veux faire quelque chose de nouveau, il faut d’abord que tu crées une nouvelle loi qui te le permette. La légalité sera tautologique ou ne sera point. L’existence n’est plus une question de bien ou de mal, mais de réglementation. Pas de place pour les Bad Lieutenant ou les Saint François d’Assise, bien trop compliqués à gérer. Alors, oublie les hypostases, la sainteté, les trucs comme ça. Et indigne-toi contre tout ce fatras d’ancien temps qui passe son temps à vouloir nous rendre une dignité trop grande !

Vérité et combats

Donc, une morale à notre portée et pas plus haute que nous. Une vérité sur mesure à la Protagoras qui, croit-on, nous éviterait de nous écharper - car  « l’Inquisition », « les bûchers », « les croisades », c’était ça que l’on faisait au nom de la vérité révélée, ma bonne dame, et comme dirait Caroline Fourest, la très charmante Torquemada des plateaux télé.  « En vérité », il s’agit de ne plus jamais utiliser ce genre d’expression. Sauf la vérité « scientifique » naturellement, la seule indiscutable, et qui fait que l’on a prouvé récemment que la tendresse maternelle était scientifiquement nécessaire aux enfants – ce qui fit rire le pape quand il entendit cette « découverte » à la télévision.
Pourtant, et outre le fait que Benoît XVI déclara lui-même qu’il y avait « une coexistence des vérités » autour de la vérité christique, la nécessité humaine de se référer à une vérité absolue, au moins d’y tendre, est la garantie essentielle d’une conscience réellement juste. S’il n’y avait pas de vérité absolue, alors le nazisme ne serait pas le mal absolu. Et si l’on ne devait compter que sur la majorité pour se faire une idée de la vérité, alors on serait nazi toutes les semaines. Au contraire, croire que « l’homme est capable de vérité », et cela malgré l’extrême difficulté que cela sous-tend, constitue notre vraie dignité et c’est le rôle du chrétien que de s’y aguerrir, sans menaces ni violence. C’est que la vérité se tient devant nous non pas tant par des forces extérieures, des « divisions » comme aurait dit Staline, que par la propre puissance qu’elle exerce sur nous. C’est là l’utopie chrétienne en quelque sorte, ce maintien de la vérité par elle-même – et la raison pour laquelle l’Eglise universelle ne s’est jamais effondrée malgré toutes les turbulences qu’elle a pu traverser en vingt siècles, les crimes qu’elle a pu couvrir et qu’on lui a lui reprochés bien légitimement.  Qu’une pareille institution ait pu tenir jusqu’à nos jours (et qui, plus est, se retrouve à notre époque et contre toute attente au centre du dispositif) a quelque chose de surréaliste – ou de miraculeux. S’il s’agit de se battre pour la vérité, alors on se battra pacifiquement, un peu comme ce personnage du Barbier de Sibérie, le beau film de Nikita Mikhalkov, qui refuse d’enlever son masque à gaz et d’arrêter sa course tant que son supérieur ne reconnaitra pas avec lui que Mozart est un grand compositeur.  

A contrario, ce sont les religions qui n’existent que par la violence (c’est-à-dire le diable) qui vont le plus mal. N’en ayons pas peur : plus l’islam fait des dégâts, plus il perd du terrain. Plus il menace le monde, plus il prend le risque de se faire exclure du monde. Dans le processus infernal qui semble être le sien aujourd’hui, peut-être y a-t-il encore une lueur d’espoir ? Un soufi, un derviche, un Génie qui sortirait d’une lanterne magique et qui permettrait au troisième monothéisme de ne plus apparaître sous un visage que l’on n’a même plus besoin de caricaturer…

Au fait, une erreur ou pas, ce fameux discours de Ratisbonne du 12 septembre 2006 dans lequel le pape, cita, sans se les approprier, et précisant au contraire que leur caractère « abrupt » et « peu amène » avait quelque chose « d’inacceptable » pour nous, les paroles de Manuel II Paléologue empereur byzantin  du quatorzième siècle à un érudit persan : « Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que des choses diaboliques et inhumaines, comme son ordre de diffuser par l'épée la foi qu'il prêchait » ? Même si tirée de son contexte la formulation pouvait émouvoir les âmes sensibles, était-ce nécessaire que les islamistes fassent preuve d’autant de sensibilité en allant brûler des églises et provoquer la mort d’une bonne sœur – illustrant hélas parfaitement la parole « si abrupte » de cet empereur éric zemmourien ? C’est toujours la même chose avec l’islam : on fait une mauvaise (ou une bonne) blague, on confond un peu vite islam et islamisme, on range le Coran sous une pile de Charlie-Hebdo – et les islamistes nous confirment aussitôt avec une bombe que notre bourde n’en était pas une, et qu’au contraire on était à leur égard en dessous de la vérité. Ne mettez donc pas d’huile sur le feu, nous exhortent les bonnes âmes, sans vouloir se rendre compte que dire cela, c’est déjà admettre le recul de nos valeurs face au feu des fous. N’allez pas vous promener dans une banlieue à risque si vous ne voulez pas avoir d’ennuis, nous recommandent-ils encore. Mais moi, je veux me promener dans la banlieue que je veux sans avoir le moindre ennui, et je veux précisément que cela soit ceux qui seraient capables de m’en faire qu’ils soient eux-mêmes très ennuyés par les forces de l’ordre, la police, l’armée, la tolérance zéro, et condamnés à la lecture de Voltaire, de Sade, de Renan, de Charlie-Hebdo, et que sais-je encore ? A un certain moment, comme aurait dit Maurice Dantec, il faut que la peur change de camp. Moi, je veux dire « enculé d’Abraham » si j’en ai envie, même dans ma propre apologie du pape, et sans courir le risque de la moindre fatwa. Moi, citoyen européen, catholique laborieux qui va à la messe une fois par mois et à confesse une fois par an, grand admirateur du cinéma de Pasolini et de Bunuel, je veux blasphémer si j’ai envie de blasphémer – et je veux applaudir des deux mains ce pape qui vient, cette semaine, d’appeler à l’abrogation de la loi sur le blasphème au Pakistan.
Alors, oui, le discours de Ratisbonne fut une très bonne chose – et même la meilleure qui pouvait arriver à l’islam. Et Benoît XVI de rappeler combien sa visite en Turquie, deux mois après ce discours, fut réussie et comment un dialogue intense se noua entre chrétiens et musulmans de cœur et de raison. Une fois de plus, d’un mal peut sortir un bien, et d’une polémique peut venir une réconciliation. La controverse comme infusion des idées. La disputation comme tentative de retrouvailles. Sûr que dans un monde binaire pour qui la nuance est réellement infernal, ça coince.

Ainsi, l’on s’était persuadé  depuis le XIX ème siècle que l’Eglise, au fond, inacceptable pour le monde depuis la Réforme, allait sortir de l’Histoire. En fait, elle allait la juger. Repoussoir et légiste à la fois, elle allait inlassablement dresser les erreurs de la modernité, stigmatiser ses aberrations, devenir selon le mot de Muray « une espèce d’œil du cyclone avec la ronde des puissances autour d’elle et des visions échevelées du monde. (6)»  XIX ème et XX ème siècles passeraient qu’elle serait encore là, toujours éternelle, sévère mais souriante, réprobatrice mais accueillante, n’oubliant rien, pardonnant tout (le contraire du monde moderne en somme qui oublie tout et ne pardonne rien), continuant de plus belle son rôle de radioactivité des phénomènes sociaux, « occupant donc une place à peu près parallèle à celle de la littérature dans l’esprit des gens de bon sens ». Témoignant contre les mœurs, comme Balzac, mais pour les humiliés et les offensés, comme Dostoïevski, se moquant allégrement des sots, comme Chesterton, mais tentant de sauver chacun de nous, même les morts, comme Bernanos, tenant les deux bouts du cœur et de la raison, garantissant encore et toujours, contre toutes les sornettes à la mode, les aberrations militantes, les sectes, l’universalité et la singularité de l’être humain. L’Eglise catholique ou la non-libre pensée de premier ordre contre la libre pensée de second ordre. L’Eglise catholique comme l’ennemie angélique de tous les occultismes, les complots, les secrets, la mauvaise foi. L’Eglise catholique qui n’a jamais eu aucun « secret » mais que des Mystères. L’Eglise catholique qui n’a jamais rien eu à voir avec Le Da Vinci code mais tout avec Des dieux et des hommes. L’Eglise catholique comme église future des petites communautés (Japon, Philippines, Corée) et non plus comme église de la multitude et des Principautés. L’Eglise catholique servie aujourd’hui par un pape de génie qui a compris  qu’il fallait que celle-ci « devienne toute petite puis redémarre tout au début. » L’Eglise catholique comme lumière du monde.

 

Pierre Cormary

 

 

1 - Y compris Philippe Val qui, recevant, en plein procès des caricatures de Mahomet, un soutien de Sarkozy, déclara, certes avec humour, mais sur un ton sincère, que désormais, le soutien suprême, ce serait celui de Benoît XVI ! (dans le film de Daniel Lecomte : C’est dur d’être aimé par des cons, 2008)
2 - Tout ça, ce ne sont que des mots, rétorquent souvent les esprits forts. Mais dans les années 80, ce sont les mots de Jean-Paul II qui ont fait la victoire de Solidarnosc en Pologne, et qui ont participé à la chute du mur de Berlin. C’est la raison pour laquelle les communistes avaient tenté d’éliminer ce pape qui promettait de changer la face du monde, et qui d’ailleurs l’a fait.
3 - « Ce qui assuré la pérennité des papes et qui a cruellement manqué aux califes, c’est une Eglise, et c’est un clergé. Rome pouvait mobiliser à tout moment ses évêques, ses prêtres, ses moines, qui formaient un réseau serré couvrant chaque royaume, chaque province, et jusqu’au plus petit hameau de la terre chrétienne ; une troupe puissante, fût-ce de puissance douce, et qu’aucun monarque ne pouvait négliger. Le souverain pontife pouvait également excommunier, ou menacer de le faire, et c’étai là aussi, au Moyen Age, un instrument redoutable qui faisait trembler les empereurs autant que les simples fidèles. En islam, rien de tout cela – pas d’Eglise, pas de clergé, pas d’excommunication. La religion du Prophète a nourri, dès les commencements, une grande méfiance à l’endroit des intermédiaires, qu’il s’agisse des saints ou des confesseurs ; l’homme est supposé se trouver en tête-à-tête avec son créateur, ne s’adresser qu’à Lui, ne se laisser juger que par Lui, dans le dépouillement ; certains historiens ont comparé cette approche à celle de la Réforme luthérienne, et on peut effectivement trouver quelques similitudes. En toute logique, cette conception aurait dû favoriser très tôt l’émergence de sociétés laïques. Mais l’Histoire n’avance jamais dans la direction qui semble probable. Nul n’aurait pu prévoir que l’énorme puissance des papes aboutirait un jour à la réduction de la place du religieux dans les sociétés catholiques, tandis que la sensibilité passablement anticléricale de l’islam, en empêchant l’émergence d’une institution ecclésiastique forte favoriserait le déchaînement du religieux au sein des sociétés musulmanes. » Amin Maalouf, Le dérèglement du monde, Grasset 2009, p 225-226
4 - Philippe Muray, Le XIXème siècle à travers les âges, Tel Gallimard, p 286.
5 - Sans compter que Dieu peut faire aussi qu’ « un faux prophète puisse avoir une action positive », tel le très équivoque Marcial Maciel, fondateur de la communauté monastique des « Légionnaires du Christ », et dont on découvrit plus tard qu’il s’était rendu coupable d’abus sexuels. A contrario, un saint peut provoquer des désastres, comme le personnage de Nazarin, dans le film éponyme de Bunuel. Mystère des complexions humaines, des caractères contradictoires, des inversions miséricordieuses, qui semblent intéresser ce pape décidément incroyable – forcément incompréhensible pour la doxa et scandaleuse pour l’empire du bien.
6 -   Philippe Muray, Le XIX ème siècle à travers les âges, page 277, et tout le chapitre Sancta Romana ecclesia, époustouflant !



Toutes les réactions (20)

1. 14/01/2011 14:15 - Abel

AbelMerci Pierre Cormary, merci Sur Le Ring

2. 14/01/2011 14:31 - Caïn

CaïnIl savait à quoi s'en tenir le pauvre.
Qu'est-ce que la croix de Jésus sinon l'expression d'une glorification sado-masochiste de la souffrance?

3. 14/01/2011 16:01 - HP

HPGlorification de la souffrance tout simplement. Aujourd'hui, on a plus assez de courage pour porter et assumer ces idées jusqu'au bout, faute à l'époque, je m'inclus dans le lot.

4. 14/01/2011 16:05 - Sant'Angelo - je ne suis pas un robot

Sant'Angelo - je ne suis pas un robotTrès bel article, merci en effet. Une réserve quand même sur les vertus du centralisme théologique.
Le Te Deum que fit chanter Grégoire XIII au lendemain de la Saint-Barthélémy est un des exemples de ce que Rome n'a pas toujours évité le pire...

5. 14/01/2011 16:52 - Laure

LaureCormary rules... Je préfère vous lire ici que sur votre blog, je ne sais pas pourquoi, l'énergie y est différente. A quand votre prochain Egographie ? Peut-être jamais d'ailleurs, je suis un peu culottée.

6. 16/01/2011 17:22 - Yep

YepSuperbe texte. merci. On se sent moins seul.

7. 17/01/2011 10:03 - Monrose

MonroseJ'avoue mal comprendre ce que veut dire P. C, dans ces 2 références:
"On l’aime ce pape qui se défie de la majorité comme légitimité – comme il se défie du communautarisme et du nationalisme, au grand agacements des maurrassiens, avoués ou non, pour qui le catholicisme est d’abord une affaire de culture et d’ethnie. On la respecte et on l’admire cette romanité (qui faisait tant hurler Simone Weil), alors que c’est par elle que l’Eglise a pu se construire, trouver son unité, imposer sa parole souveraine, et se donner les moyens de réprimer comme il se devait les paroles déficientes (hérésies et sectes)."
Il me semble que ce n'est pas comprendre Maurras que de dire cela: Il avait perdu la foi à 14 ans en devenant totalement sourd, et, malgré tout, il conservait une admiration éblouie pour la grandeur du catholicisme, comme un arbre qui se juge à ses fruits. Il se détacha de la philosophie, très tôt, car il avait vu que chaque concept aboutissait à la métaphysique et sur l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'une transcendance. Nourri de grec, c'est à dire de mesure, d'équilibre, d'harmonie, et admirateur de la puissance "structurante" romaine, il faisait justement le lien avec la romanité papale, lien qui n'était pas purement culturel ou ethnique puisqu'il conservait une admiration pour la Vierge Marie. Lisez son commentaire du "je vous salue Marie", dans les lettres Passe-murailles, où dépourvu de livres en prison, il disserte sur "le fruit de vos entrailles".
Quant à Simone Weil qui critique la Rome antique au nom de la source grecque ( mais par hostilité du Dieu terrible des Juifs, ce qui lui est tant reproché par les siens), je m'étonne de votre parenthèse sur ses "hurlements", alors que vous l'utilisez ultérieurement. Cela risque de décourager un éventuel lecteur de "L'attente de Dieu", alors que c'est un sommet de la pensée, et une étape vers ce catholicisme qu'elle admirait , tout en restant cachée à l'entrée sans pouvoir franchir la porte tant elle était foudroyée par le mystére et se sentait indigne.

8. 17/01/2011 15:24 - Pierre Cormary

Pierre CormaryD'abord, grand merci à tous pour vos commentaires, critiques, interventions (même si, Caïn, vous vous fourvoyez complètement en n'ayant de la Croix qu'une vision sexuelle, et Angelo, en croyant que la Saint Barthélémy fut le fait de l'autel alors qu'il fut surtout celui du trône, et de Catherine de Médicicis).

Monrose, je vais tenter de vous répondre.

Il y a d'abord cette fameuse phrase de Maurras, "je suis catholique mais je suis athée" qui m'a toujours laissé songeur, puis perplexe quand je me suis rendu compte que pour une certaine frange de l'opinion, disons d'extrême droite, être catholique, cela voulait surtout dire être français. Que l'identité et la culture françaises soient en bonne part nourrie de catholicisme, évidemment, mais, outre le fait qu'elles soient aussi nourries d'autre chose (la France est le pays de Pascal mais aussi de Voltaire, de Barrès mais aussi de Jaurès, la France a été dite "fille aînée de l'Eglise", mais elle fut aussi le pays le plus anticlérical du monde... La France est autant originellement de droite que de gauche, on peut le regretter mais c'est ainsi, et là dessus, je suis plus Marcel Gauchet que Joseph de Maistre), l'on ne saurait être croyant pour de simples raisons culturelles et nationales. Or, c'est tout le problème de l'Action Française affirmant un catholicisme athée, mettant la religion au service du national - et se faisant d'ailleurs excommunier pour cela, en 1927 par Pie XI. Et à très juste titre à mon avis.
Pour autant, il y a encore des représentants de cette tendance, disons, "nationale catholique" qui me semble à moi être un contresens. Comme le dit Benoît XVI lui-même et mieux que moi : "il existe bien entendu, et cela ne date pas d'hier, des forces centrifuges, une tendance à former des Eglises nationales - et certaines sont effectivement apparues. Mais aujourd'hui, justement, dans la société globalisée, dans la nécessité d'une unité interne de la communauté mondiale, on voit bien que ce sont en réalité des anachronismes. Il devient clair qu'une Eglise ne grandit pas se singularisant, en se séparant au niveau national, en s'enfermant dans un compartiment culturel bien précis, en lui donnant une portée absolue, mais que que l'Eglise a besoin d'unité, qu'elle a besoin de quelque chose comme la primauté" (p 183)

Sur Simone Weil.
De cette femme supérieure, à qui j'ai consacré ici une apologie (c'était même mon texte d'entrée sur le Ring en décembre 2009), dont je lis les livre avec ferveur (qui sont des "sommets de la pensée", je suis bien d'accord avec vous), j'ose discuter certaines prises de position, notamment celles portant sur cette anti-romanité radicale qui est sienne et que l'on peut lire notamment dans L'enracinement. Il y a en effet chez Weil une critique radicale de l'empire, de la civilisation romaine (qui implique forcément le pouvoir, la violence, les massacres), faite au nom de la charité, mais qui peut-être aboutit à un moment donné à une critique de toute tentative de formation de civilisation, de toute instauration sociale et intellectuelle. En gros, pour construire un monde, même le plus juste et le plus charitable, il faut avoir le sens de l'empire. La romanité fut pendant longtemps "la" méthode d'édification modèle. Et que reprit à son compte la future Eglise catholique. Simone Weil a du mal avec ça. On peut la comprendre tout en considérant que c'est difficile de faire autrement.

(Tout cela dit très vite, car c'est un long débat et qu'il faudrait nuancer au maximum... En tous cas, je vous remercie d'en avoir permis une amorce et vous souhaite une bonne journée.)

9. 17/01/2011 21:35 - Nach Mavidou

Nach MavidouRelisant cet article à l'heure de complies, je me joins au concert des félicitations. Sans m'étendre, je le recommanderai particulièrement à ceux qui aiment l'Eglise mais se sentent gênés par une lecture trop politique des actions du Pape, leur esprit critique étant largement conditionné par le JT.

10. 19/01/2011 16:29 - Adélaide

AdélaideJe vais bientôt devenir Chrétienne, en partie grâce à Cormary et à Dantec. Ces deux auteurs sont à lire en parallèle, l'un pour le parfum, l'autre pour le glaive.

11. 19/01/2011 19:06 - Constanza

ConstanzaCe n'est pas très gentil pour Dantec, ce que vous dîtes là, ma chère Adélaide : le style de Cormary est inodore.

12. 20/01/2011 10:04 - Marlow

MarlowMerci Monsieur Cormary pour ce brillant article qui m'a permis d'entendre et voir le pape disant son discours au collège des Bernardins en 2008. J'avais dû, à ce moment là, en lire des bouts dans le journal, mais sans le lire ni l'entendre vraiment. Il faut dire que je ne suis pas comme vous catholique pratiquant, je suis catholique baptisée devenue catholique oubliée, je n'attends pas la parole du Pape comme un moment important. Il semble que j'ai tord.

Mais il semble aussi que je suis restée très catholique s'agissant de la question du bien et du mal. Vous dites "tout ne se vaut pas", et je suis tellement d'accord avec cela. Vous dites aussi "retour au sens, à la contrainte du sens, à la responsabilité du sens (…) et l'infaillibilité pontificale comme contre pouvoir au pouvoir du monde". Oui, juste, très juste.
Vous parlez aussi de l'"amour bien compris". De la peur qui doit changer de camp. Enfin, de "la controverse comme infusion des idées". Beau, très beau, tout cela.

Vous parlez enfin d'un texte de Muray que, figurez vous, je suis en train de lire, "le XIXème siècle à travers les âges", je lisais ce matin très tôt la page 277 que vous mentionnez. et d'ici la fin de ce jour, j'aurais lu ce chapitre que vous qualifiez d'"époustouflant", "Sancta Roma Ecclesia". En effet, il s'annonce tel.

encore merci,
et salutations.

13. 20/01/2011 14:23 - Constanza

ConstanzaCe Cormary qui ose s'affirmer néo-libéral et catholique n'entrave quedalle à la doctrine catholique. Sa claque personnelle qui se répand dans les messages est aussi ridicule que lui.

14. 20/01/2011 17:56 - Greg môk

Greg môkMerci pour cet article.

Faites-gaffe la jalousie pointe son odeur.

15. 20/01/2011 19:01 - Constanza

ConstanzaMarri de corps et d'esprit. Relisez la doctrine sociale de l'Église et laissez Philippe Murray reposer en paix !

16. 21/01/2011 22:08 - SK46

SK46Bravo à Pierre Cormary. Un coup à redevenir catholique pratiquant...

17. 24/01/2011 16:42 - Dogann

DogannBravo. Et encouragements.

18. 30/01/2011 00:12 - daredevil

daredevil@ Pierre Cormary:
"L’Eglise catholique comme église future des petites communautés (Japon, Philippines, Corée) et non plus comme église de la multitude et des Principautés."

Excusez-moi mais j'avoue avoir du mal à comprendre cette phrase. Vous pouvez expliquer ? je ne comprends pas cette opposition multitude et petites communautés (nationales selon votre exemple).

19. 22/08/2011 17:26 - un homme sans nom...

un homme sans nom..."Ce Cormary qui ose s'affirmer néo-libéral et catholique n'entrave quedalle à la doctrine catholique. Sa claque personnelle qui se répand dans les messages est aussi ridicule que lui. "

ridicule ?
"Du sublime au ridicule il n'y a qu'un pas" disait Napoleon
Mais l'inverse est vrai également :
Du ridicule au SUBLIME il n'y a qu'un pas.
C'est ce à quoi travaille Mr Cormary apparement. Et c'est joli et appréciable.

De plus : Qui est parfait ?
Le Christ n'est venu pas pour les bien portants et les bien pensants...

Et puis dans le christianisme il n'y a que des néophytes...pas de spécialistes, d'élite, pas de "gens qui savent"...

"Imitez-le [Saint Paul], vous aussi, je vous en prie, et vous pourrez être appelés néophytes non, seulement pour deux, trois, dix ou vingt jours, mais vous pourrez encore mériter ce nom après dix, vingt ou trente années et, à dire vrai, durant toute votre vie." .
CHRYSOSTOME. Jean, Huit catéchèses baptismales, Source Chrétienne, Ed. du Cerf, Paris, 1970, p 210.

"J’appelle néophyte non seulement ceux qui viennent de mériter le don spirituel, mais aussi ceux qui l’ont reçu il y a un an ou même plus longtemps déjà." .
CHRYSOSTOME. Jean, Huit catéchèses baptismales, Source Chrétienne, Ed. du Cerf, Paris, 1970, p 225.

Pierre Cormary :

"L’Eglise catholique ou la non-libre pensée de premier ordre contre la libre pensée de second ordre."
Interressant.
La non-libre pensée de premier ordre : de qui parler vous ?
Idem pour la libre pensée de second ordre.
Je pense comprendre...Vous voulez dire que les cathos romains sont des anarchistes au carré ?
Pouvez vous expliquez votre phrase s'il vous plaît?

"L’Eglise catholique qui n’a jamais eu aucun « secret » mais que des Mystères. "
Belle définition de l'Eglise de Dieu.
"L'Eglise est là où est vécu l'amour de Dieu." disait une professeur.
(C'est pour moi une des "définitions" de l'Eglise les plus surprenantes...tout comme une "définition" les plus courtes de Dieu est : "Dieu est Amour". Mais définition est un mot qui convient mal : ce sont des mystères, comme vous l'avez bien indiquez.)
La définition ne permet pas de "définir" Dieu, l'Eglise et l'homme aussi.

DOMENACH. Jean-Marie, Emmanuel Mounier, Ed du Seuil, Paris, 1972, page 78.
« le sens du mystère, témoin de l’inépuisabilité de l’être, lieu d’un non savoir qui vivifie toutes les connaissances. Qu’est-ce donc que la personne pour Mounier, sinon comme l’a noté Gérard Lurol, le type de ce mystère défini par Marcel : « Non pas ce qu’on n’apprendra jamais, mais ce qu’on n’aura jamais fini de comprendre. »


J'aime bien vos définitions de l'Eglise catholique romaine. C'est assez dynamique et joyeux.
C'est triste comme parfois l'Eglise manque de joie alors qu'elle devrait être joyeuse et faire vivre la joie.

20. 22/09/2011 10:32 - nova express

nova expressmais quel clownerie !
allez pour la peine je me repasse un petit Nuclear Assault "hang the pop" .
http://www.youtube.com/watch?v=E8siC5hBjnY&feature=related

Ring 2012
Pierre Cormary par Pierre Cormary

Littérateur et éditorialiste. Ring Wall of Fame.

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Merci Pierre Cormary, merci Sur Le Ring

Abel14/01/2011 14:15 Abel
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