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Drogue : que se passe-t-il en Grande-Bretagne ?

SURLERING.COM - OUTREMONDE - par Xavier Raufer - le 21/06/2011 - 9 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

 

Une hirondelle fait-elle le printemps ? Non, bien sûr, mais entendons cependant cette passionnante nouvelle : depuis désormais deux ans, une forte baisse de l’usage de tous les stupéfiants se confirme en Grande-Bretagne, là même où, à l’origine, la « mode » de la drogue débarqua dans l’Europe des années 60 - souvenons-nous du Swinging London.




Concevons d’abord l’ampleur du désastre pour nos voisins d’outre-Manche : si en 1960, seuls 5% des jeunes britanniques avouaient s’être au moins une fois drogués, ils étaient plus de 50% vers 2005, année qui marquera sans doute l’apogée de cette pulsion toxicomaniaque.

Ainsi, depuis 40 ans et sans discontinuer, toujours plus de britanniques consommaient toujours plus de drogue, ce, toujours plus souvent. Or la tendance semble s’inverser et, plus intéressant encore, cela concerne d’abord les jeunes générations.
Pour le National Health Service (sécurité sociale britannique) en effet, 20 % seulement des 16/24 ans ont pris une drogue quelconque en 2010 (22,6 % en 2009) - au plus bas depuis que l’étude existe (1996 : 30 %). Idem pour l’usage moins vaste des stupéfiants les plus toxiques (héroïne - cocaïne) : 8,1 % d’usagers juvéniles en 2009, 7,1% en 2010. Une tendance confirmée par une étude sur l’usage de la drogue dans les boîtes de nuit (magazine Mixmag, mars 2011). Dans ces lieux, début 2011 (par rapport à 2010), la consommation de cocaïne baissait de 20% et celle du cannabis et de l’ecstasy, de 5 %. Une chute massive car si, en 2000, 9 sur 10 des habitués des clubs et boîtes se droguaient - ils ne seraient aujourd’hui plus « que » 50 % - moins 40% d’usagers de drogues en une décennie ! Même observation pour les plus jeunes (11-15 ans). En 2008, 85% d’entre eux n’avaient pas consommé de drogue - ils sont 88% en 2009. Une baisse qui affecte tous les variables temporels : prise de drogue « au moins une fois dans la vie », « lors de l’année écoulée » et « le mois dernier ». Or même si cette baisse ne touche pour l’instant que la Grande-Bretagne ; même si la toxicomanie y est encore très lourde et progresse toujours fort sur le continent, notamment en France et en Allemagne ; cette sérieuse baisse insulaire - désormais pluriannuelle - n’en a pas moins, et ici nous pesons bien nos mots, une grande importance géopolitique ; ce pour deux raisons :

- La drogue, d’abord le cannabis, est un marché de masse sur notre continent : selon l’Office européen des drogues et de la toxicomanie, on compte dans l’Union européenne 23 millions de consommateurs de cannabis, dont 4 millions pluri-hebdomadaires.
- Surtout parce que, dit l’ONU, le marché mondial des stupéfiants - qui pèse quelque 235 milliards de dollars par an pour la vente en gros (celle qui enrichit les cartels et mafias) - est tout simplement le troisième marché au monde, après ceux (licites) du pétrole (1er) et des armes de guerre (2e).
Que la consommation des stupéfiants baisse en Grande-bretagne est donc un phénomène à suivre attentivement, tout comme il amène à formuler deux interrogations cruciales :
• Pourquoi cette baisse chez les plus jeunes ? Cette inversion des tendances est bien sûr trop récente pour pouvoir pleinement répondre à la question. Mais voici une première intuition: dans une génération fonctionnant toujours plus « à l’horizontale » ; constamment reliée à ses pairs via dix médias électroniques (téléphones portables, SMS, Facebook, Twitter, etc.), des courants d’opinion émergent vite et gagnent brutalement toute une tranche d’âge. Or l’un de ces courant forts prône que la drogue - en tout cas, celle vendue aujourd’hui par les dealers - c’est « pas cool ». En un mot, ces jeunes n’ont nulle envie de ressembler à des zombies hagards type Pete Doherty ou Amy Winehouse, sans cesse montrés par la presse people, titubant entre deux overdoses.
• Cette baisse affecte-t-elle uniquement la demande de drogue ? C’est à dire, la baisse provient-elle seulement de jeunes, hier fascinés par la drogue mais rejetant désormais le mode de vie trash des artistes précités ? Non, car en Grande-Bretagne, l’offre de stupéfiants baisse aussi, par deux biais différents :
- Dans de récentes enquêtes, les jeunes relatent qu’on leur propose moins de drogue dans les rues, ou dans les lieux de deal (discothèques, etc.),
- Et quand ils en trouvent, cette drogue est désormais infecte - cocaïne diluée à l’extrême et même, ecstasy… sans ecstasy !

Or cette baisse quantitative et qualitative de l’offre - par des bandits, bien sûr -résulte du seul travail policier. En effet, Londres dispose désormais d’un efficace outil de renseignement criminel « Serious Organised Crime Agency » SOCA, qui porte des coups toujours plus rudes et précis aux narco-trafiquants. Un modèle pour toute l’Union européenne, alors même qu’une vision commune européenne sur les stupéfiants devrait bientôt émerger, les Pays-Bas sortant désormais de leur traditionnel laxisme en la matière.

Xavier Raufer



Toutes les réactions (9)

1. 22/06/2011 13:58 - baleine

baleine"La solution au problème du hachich, de la cocaïne, de l’héroïne et de toutes les autres drogues mortelles n’est pas d’en légaliser ni d’en valoriser l’usage auprès des enfants, des adolescents et de la population miséreuse en général, mais d’exiger des comptes de ceux qui sous le couvert de les combattrent dirigent effectivement le commerce de ces poisons."
(...)
http://les7duquebec.wordpress.com/2011/06/22/legaliser-l%E2%80%99heroine-et-la-cocaine-pour-ou-contr/

2. 24/06/2011 11:23 - HP

HPOù est passé l'article de X. Raufer sur la dépénalisation et l'échec du modèle hollandais ?

3. 24/06/2011 11:46 - MotaOne

MotaOne@HP :
Parti en fumée, sans doute :)
Comme l'espoir de voir un jour la liberté éclairée des hommes. Et la nouvelle version du Ring...
La répression se déploie partout, l'information s'amenuise. Le printemps est terminé.

4. 24/06/2011 12:13 - Alciator

Alciatorallons, allons, pas de découragement. Il y a assez dans l'historique du site pour satisfaire non pas le désir d'actualité -pas besoin du Ring pour ça-, mais le désir d'avoir ses convictions mises à l'épreuve.

Pour Raufer, cité hier soir par Marine Le Pen (Duflot faisant semblant de le connaitre), il est juste en haut à droite de cette même page.

5. 04/07/2011 03:12 - blabla

blablaje dois dire que je me fiche un peu de ces nouveaux p'tit anglais qui sucent des bonbons en écoutant du Justin Biberon, c'est pas vraiment le London mythique des années 60 70.
Et puis se sont des pochards les angliches... et ce n'est pas du Saint-Estèphe non plus que boivent les nôtres avant de prendre le volant.
je le dirai comme ça pour qu'il n'y ait pas de malentendu: je trouve aussi mal fichus ces 2 derniers articles de Raufer que je trouve admirable son discours sur la criminalité ou la pauvreté; ses passages télévisuels me réjouissent toujours.

6. 06/07/2011 14:41 - Lozak

LozakLes analyses de M. Raufer, du fond de son bureau.
Quid de la méthode? Dans un pays qui durcit sa politique en matière de drogue, on demande à des jeunes dans les boites de nuit s'ils en consomment. Leurs réponses démontrent qu'ils en prennent de moins en moins. Les politiques répressives sont légitimées, M. Raufer peut nous asséner ses "intuitions" ("la société qui fonctionne de manière horizontale"... risible), et les prohibitionnistes sont contents.
Or on peut aussi supposer que, dans un contexte de crispation, les jeunes confieront moins volontiers consommer des drogues.
Tout le problème de ces enquêtes déclaratives et autres sondages qui sont le fonds de commerce de M. Raufer

7. 14/07/2011 11:59 - Hippocrate

Hippocratel'échec du modèle hollandais ? Ca fait plus de 30 ans qu'on dit ça et pourtant les hollandais ne consomment pas plus que d'autres. Et le "modèle français", c'est une réussite ? On pourrait parler aussi de la Suisse, de l'Espagne, bref de pratiquement tous les pays qui nous entourent. On attend les explications de M. Rauffer.

8. 14/07/2011 13:13 - Biouman

Biouman"Or l’un de ces courant forts prône que la drogue - en tout cas, celle vendue aujourd’hui par les dealers - c’est « pas cool »."

Ah bon ? Et quelle est la source de M. Raufer, trois étudiants ou lycéens avec une très mauvaise opinion des drogues (tant mieux pour eux) qu'il aura vu à un dîner de famille ? Pour le coup, ce non-argument est du niveau d'un Marie-Claire. A ranger parmi ses perles, avec le déjà mythique "le cannabis d'aujourd'hui explose la tête autant que du LSD" qu'il avait je crois sorti chez Taddéï.

9. 03/05/2012 19:02 - nskzera

nskzeraDes contrôles... des anus analysés... des fouilles... des tests... en gros des moyens, donc plus de gendarmes, de policiers et de douaniers, je connais le problème et sais qu'il ni y a aucun autres moyens. Sinon de choper ces trafiquants à la base donc à la frontière de l'Europe. L'Afghanistan fait du trafic à haute échelle jusqu'aux Pays-Bas. Les armes passent avec la dope. Dans toutes nos capitales il y a des endroits stratégiques qu'on laissent évoluer même dans nos campagnes des villes servant de plaques tournantes sont connues à croire qu'on ne veut rien faire. En trois mois avec un peu d'investissement tout un chacun peu devenir dealer de haute voltige, bon il faut des couilles bien accrochées mais certains n'ont rien à perdre ! Tout ce trafic est incroyable, pour le nord de la France les mecs se dirigent vers la Hollande et pour le sud ouest vers l'Espagne etc. Maintenant, les tribunaux dégueulent alors peut-être que pour des petites doses chopées une amende suffirait... c'est peut-être pas si bête car passer en jugement 2 ans après des faits est ridicule et c'est ce qu'il se passe !

Ring 2012
Xavier Raufer par Xavier Raufer

Criminologue à la réputation internationale, écrivain, éditorialiste, docteur en géopolitique, Professeur affilié à l'Edhec, membre du Centre for the Study of Terrorism and Political Violence, School of International Relations, University of Saint-Andrews, enseignant à l'Université Panthéon-Assas, Paris II, chargé de cours à l'Institut de criminologie de Paris, depuis 1987 (cours de méthodologie), au DESS Paris II/École des officiers de la Gendarmerie nationale/EOGN-Melun, et directeur des études et recherches du Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines (études, recherches, séminaires et cours sur la criminalité organisée transnationale). En République populaire de Chine (RPC), il est professeur associé à l'École supérieure de police criminelle de Chine (Shenyang, RPC), et directeur de recherches associé au Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé, Université de Sciences politiques et de Droit (Beijing, RPC).

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