Sur le RING

Electric dyslexies

SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Alexis Blas - le 27/04/2010 - 4 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B


Solécismes d'un jeune trentenaire plein d'allant.




 


J'avais oublié mon portable. Mon téléphone portable. Mon mobile, quoi. Mon téléphone mobile portable. J'étais bien. Oh, je vais pas faire le vieux con, je suis trop jeune. J'ai que quarante piges, merde: un jeunot, un branleur. Non, mais ça me rappelait comment c'était avant. Avant Facebook, avant Twitter. Avant Youtube, avant. Avant Dailymotion et puis Wikipedia et toute cette sorte de choses. Et alors j'étais bien, donc. Pas de coups de fil, pas de textos, pas de check in, pas de check out, pas de vérification de ma base de données. J'étais bien, à l'ancienne. Déconnecté, pas branché du tout. J'étais bien à l'ancienne. Pas connecté. Débranché. Et, marrant, je me sentais branché. Je me suis jamais autant senti branché que sans ce putain de portable de merde. Pas d'emmerdements, pas de harcèlement moral, pas de OK, pas de LOL, pas de MDR. Pas de «  T ou? », pas de « Tufékoi? », pas de «  G envi de te boufé la keu». J'étais in. J'étais le salopard de la nuit, sans portable. Le baltringue, le gros nase, l'ancien. J'étais l'ancien, Ah! Ah! Ah! Lol! Qu'est-ce que j'étais bien! J'étais enfin tout ouïe. Ouvert, à l'écoute. Seul vibrait mon chibre dans mon calebute. Pas le vrombissement de cale de mon portable-saleté qui me rappelait que même la discrétion reste audible aux rats. J'avais juste mon cœur et mon instinct. J'étais donc nu. D'où le chibre (je les voyais déjà, ceux  qui se disaient: « ça y est, au bout de dix lignes, on a déjà droit à la bite de monsieur ».) Ça me foutait la trouille au début. J'avais beau tâter la poche droite de mes Levis, je ne trouvais que des picaillons d'euros, dans la poche gauche: des kleenex délités et ma couille gauche à travers le trou. (Là, pan! J'ai planté le mot couille. Bien fait. Aujourd'hui, l'obscénité est un devoir, un impératif commercial. Le lectorat est obscène et les auteurs aussi. Bien snobs sont ceux qui disent ne pas manger de ce pain là, ou alors ils sont déjà morts.) Je redécouvrais mon cœur et mon moi dans la nuit, et mon chibre vibrant, ouvert aux uns et aux autrees. A l'écoute. Happy hour que cet oubli. Open bar. Et puis j'ai oublié mon oubli. Et là, j'étais encore mieux. Un vrai trip. Mieux que la coke, l'héro, et toute cette sorte de doses. J'étais seul avec moi et figurez-vous que je m'entendais bien avec lui.

On m'avait aussi brisé mon ordinateur portable, le seul que j'avais. J'ai cru avoir le cœur brisé. Pas parce que c'était une scène de ménage, de mon ménage à trois - moi, ma femme et moi - et que je voyais dans ce geste la fin mélodramatique d'un amour, que c'était le geste qui tue, de ceux qui, symboliquement, marquent la fin du bonheur et toute cette sorte de choses, non. Mon ordi, c'était lui mon cœur, mon sang, mon âme, mon père, ma mère, ma sœur, mon frère etc. C'est que je suis auteur, écrivain, chroniqueur, gros niqueur porté sur la vinasse et le raillon, un écrivaillon. Donc briser mon portable aurait dû me fendre l'âme parce que c'est sur sa gueule pleine de dents que je laissais éclater ma rage et mon amour, mes réflexions et mes peines, et sur son râtelier que je peignais des arabesques avinées et faisait sonner des arpèges haut perché. Et bien, figurez-vous, pas du tout. Je n'ai pas eu le cœur brisé. J'ai fait mine. Et quand j'ai eu fini de faire mine, parce que faire mine c'est très vite emmerdant sauf si on se prend pour le plexus solaire de Philippe ou le nombril  de Marc-Edouard, on se fait vite chier, comme dans un vieux jeu de société d'Armand Jammot, j'ai trouvé une autre solution.

Mon deuil aura duré un quart de seconde. C'est le deuil le plus court de l'histoire du deuil qui, comme on le sait, est aussi vieille que celle des putes. Je me suis souvenu des cahiers de Proust. J'avais vu les cahiers de Marcel Proust à Carnavalet avec mon fils, et ça m'avait tellement ému que j'avais sorti mon vieux Nokia, il était encore là celui-là, avec lequel j'avais pris une photo en 1,3 mégapixels du cahier III de La Recherche. J'étais avec mon fils. Je me souviens d'ailleurs d'avoir indigné quelques hobereaux de l'art passant par là et qui, voyant dans cette scène pitoyable tout le kitsch d'une beauferie de province – on se sent tout petit devant tant de perspicacité  - m'avaient adressé qui, une œillade condescendante, qui un sourcil exaspéré. Je  leur rendais un tonitruant « c'est dans la boîte! » en réalité adressé à mon grand petit homme à moi, n'ignorant pas que ces gens là se donnaient tous rendez-vous le soir même sur Facebook. Pour revenir à Marcel, toute comparaison avec le grand homme m'honorant autant que l'extravagant cliché décrit juste avant, l'épisode Carnavalet m'amène à dire ceci: C'est juste qu'avant, avant Microsoft, avant Gates et Grosbill, on écrivait à la pogne. Et on en chiait. On avait pas de clavier et de belles fontes à la douzaine, on n'avait pas d'enregistrement automatique. On  n'avait ni correcteur, ni vaccin, ni vaccine, c'était avant Barthes. On n'avait pas même de Marinetti, ni d'Olivetti. On avait une chambre glauque, une lampe à huile peinant à jouir, un silence spectral, que seul interrompait une vieille horloge par de lugubres hululements. Et on avait son encre, parcimonieusement gérée, son papier laborieusement acheté et conservé avec soin à l'abri de l'humidité. Et sa pogne. Il y aurait beaucoup à dire sur l'évolution des moyens de l'écrivain, de l'action de la technique sur le processus écrivant, de la temporalité et de l'archive etc. mais le propos est pas là, je vais pas faire un essai, c'est ringard. Non, on avait crainte pour son manuscrit, on avait peur du feu. On ne minorait pas l'accident. Mais surtout; on avait devant soi son écriture, son propre signe; sa propre trace, sa propre puanteur. On avait devant soi ses fautes, ses ratures, ses cassages de gueule, ses doutes et ses errances. Il n'y aura jamais eu autant de manuscrits chez les éditeurs que depuis l'avènement du traitement de texte! Merci Gros Bill! Grâce à toi, j'ai devenu écrivain! Je me suis donc dit que j'allais cesser de me palucher. J'allais écrire à la pogne. L'absence momentanée de ma prothèse scripturaire serait l'occasion pour moi de tester mon envie, ma ténacité, ma perspicacité, mon endurance, ma volonté, ma persévérance, ma patience, ma rigueur, ma minutie, mon organisation, mon temps. Ma vie, quoi. Ouff! C'était beaucoup demander à un petit enfant du siècle! Le vingt et unième, pas l'autre. Déjà l'autre c'était dur, mais celui- là! Alors je me suis dit « Maudis Dieu et meurs! ». Comme c'était déjà pris, j'ai fait un chrome. Un chrome, c'est un emprunt, une dette. Un crédit. Je me suis racheté une vie à crédit pour quatre-vingt euros par mois pendant trois mois. Pas une vie chère, hein, une vie simple, avec cent-vingt gigas de disque dur, un méga de RAM et le wi-fi intégré. J'étais sûr de payer les deux premiers. Pour le dernier, ça dépendrait de ce que je ferais avec. Le wi-fi, c'était dangereux parce que ça permet de traîner au lit avec son portable, comme avec sa copine, laquelle du coup devient facultative parce que quand elle est là elle vous squatte le bazar. Mais quand elle est chez ses parents, alors là, c'est les sites de cul, le canard, les forums à la con, les emails vérifiés toutes les trois secondes, les séquences ceci, les scènes cela, et Youtube par ci et Dailymotion par là et Yahoo!... De longues glisses nocturnes sur les pentes tortueuses du web. Et là, paf! Grandeur et décadence de la condensation freudienne, plus contemporain: de l'abduction fodorienne, je pense à Dominique Web. Qu'est-ce qu'il devient celui-là? Il me flanquait la trouille quand j'étais môme, avec ses yeux de hibou coké qui jetaient des sorts maléfiques sur vos rêves d'enfant et transformaient vos nuits en cauchemar. Quand j'étais môme, c'est à dire y a pas longtemps, y avait pas Horror.com ni Trashporntorture.com, ni Secret Story, y avait Dominique Web. J'ai vécu la transition entre les deux. Marrant mais pas facile à assumer. Y a comme un truc schizoïde, une vieille rengaine du genre conscience de, ou un truc comme ça, une paranoïa. Il faudra encore quelques générations pour que cette horrible bébête soit bien désintégrée et ne fasse plus figure d'épouvantail à orgasme. Déjà, elle commence à moins gratter. C'est bon signe, on est sur la bonne voie. J'espère qu'on en finira avec elle parce que moi elle me fait chier, tu vois. Genre. Il faudra au moins que les mecs qui pleurent, les intellectuels, les mauvais coucheurs, les mal en point de toute sorte soient crevés et bien crevés, et enterrés très profond, aussi profonds que leur profondeur. Fini les vieux barbons et les laudateurs du bon vieux temps. Moi par exemple, j'aime pas qu'on sous-entende que je fais partie des nostalgiques, des barbants, des pratiquants du « c'était mieux avant ». J'ai horreur de ça. Je pratique pas le « c'était mieux avant ». Pour une raison très simple, c'est que si j'avais vécu avant, on m'aurait dit la même chose. Là, dans l'état actuel des choses et de ma bébête, j'ai juste pas envie de me faire piquer en train de me gratter. Ça, c'est pas bon pour le business, pas bon pour la baise, pas bon du tout. Donc, le problème c'est que j'ai pas du tout envie de réécrire à la machine, à la pogne. J'ai pas envie qu'on me prive de mon Facebook, de mon Youtube, de mon fichier Mes documents, de mon fichier Ma Musique, Mes Photos, Mes Vidéos. Non, j'ai pas envie de fomenter des contre-révolutions et de mettre les braquets en marche arrière! Le problème, c'est que j'ai plus envie de rien. Plus envie. En même temps, j'ai pas envie de plus avoir envie.  Et là je sais que c'est ma bébête qui me gratte. Elle arrive pas à partir la salope. J'ai beau la traiter, elle part pas. Pire, elle est facétieuse. Je gratte mon épaule et hop, elle part se planquer sous une aisselle. Je gratte mon aisselle et pfuitt, elle se réfugie dans mon nombril. Et elle se marre. Dans mon pubis, elle se poile.

Là, elle me dit par exemple que j'écris comme un pied. Que je devrais phraser un peu plus. Etre plus joli, plus poli, plus syntaxique. Mais je sais que c'est pour se foutre de ma gueule. Je lui réponds aussitôt que je l'ai déjà fait, que ça marche pas! Que y en a plein qui le font et ils sont grotesques! Plus personne les entend à part les microcosmes qui croient composer - les gros malins! - entre le cucul syntaxique-priez-pour-nous et le poeple, entre le classe et le crasse. Les microcosmes, ils font genre: « Nous, on sait bien ce que c'est que votre bébête et on en a besoin mais on a aussi besoin de la toile pour faire notre job! Et tous les gens-gens y sont empêtrés dedans ce qui fait que leur bébête elle finit par crever et y comprennent plus vos gratouillis. Alors mettez-vous à la (front-)page et bossez sans penser à vos démangeaisons! » Parce que la bébête en fait, c'est la seule qui soit immunisée contre la glu du web et toute cette sorte de choses, la toile et tout ce qui va avec. La toile elle tisse. Donc les débats Réel versus Virtuel, merci! Parlez simple, parlez peuple, parlez poeple, merde! La bébête, elle a un truc collé sur elle, un je ne sais quoi qui empêche la colle d'adhérer, tu vois. Un peu comme les canards. Quand ils naviguent les canards, l'eau glisse sur leurs plumes et ils sont pas mouillés. Pour le coup. (J'aime bien dire pour le coup, tout le monde dit « pour le coup »,je crois que je vais en mettre partout... pour le coup.) comme ils ont le sens du commerce, ils savent bien qu'il faut injecter un peu de bonne conscience dans tout ce merdier. La bonne conscience c'est leur bébête à eux sauf que c'est une fausse, en fait, un clone, un générique frauduleux, une contrefaçon. C'est une puce fabriquée dans les  laboratoires de Silly Conne Vallée spécialisés dans l'injection de moraline de synthèse. Les vraies bébêtes peuvent pas piffer les puces et réciproquement. Elles se reconnaissent au premier coup d'œil et se vouent une haine mortelle.

J'ai bien fait de me racheter un ordi. Sinon, je crois bien que j'aurai flanché. En écrivant à la pogne, j'aurais imperceptiblement trempé ma plume dans la vieille encre de vieux bonshommes sans qualité. J'aurais commis un roman d'autrefois. Un roman avec de vrais thèmes, des thèmes bébêtes et des circonlocutions réflexives idiotes, avec des motifs et des leitmotiv surannés. J'aurais parlé de l'amour entre un homme et une femme entaché de fidélité dans un cadre historique universel, j'aurais fait des récits d'aventuriers bourrés de principes, toujours justes dans leurs violence et leurs excès, avec de belles mèches revêches qui se recoiffent  la fin. Il y aurait eu des dilemmes et des choix de toute beauté avec même des morales dans l'épilogue. La bébête aurait gratté tout le monde. J'aurais évoqué l'avanie, le tragique du sort de l'homme avec mesure et pondération, sans ressentiment, sans haine, cherchant seulement le mot juste et tendant modestement à une sagesse universelle imprégnée de bonté. J'aurais fini par dire que la bonté est le comble de l'intelligence. Mais ça aussi c'était déjà pris. Alors, j'ai redit maudis Dieu et meurs! On peut plus faire ça, tu vois. A plus. A plus les jolis thèmes, à plus les belles phrases, à plus la beauté du réflexif. Don quichotte serait serial killer aujourd'hui, Cervantès signerait ses best-sellers au salon du livre et siroterait un mojito au Costes juste après. Pour le coup, Madame Bovary regarderait Secret Story derrière le dos de son mari et se dirait pour elle même : « Je voulais que c'est Jonathan qui sort. » Moi, je voulais que c'est Vanessa qui sort. Elle est sortie depuis. Avec sa langue à trois sons et un carnet d'adresse Facebook bourré d'amis. La chanceuse. Alors, comme ce que je veux au fond, c'est avoir plein d'amis, j'ai décidé de me botter le cul, de battre ma croupe.  Il n'y a plus d'apprêt à Saint Germain des Prés, plus d'orthographe, plus de syntaxe, plus d'envie, plus de style. Vive le charabia! Quoi? J'entends les mauvaises langues dire que c'est nul ce que je dis, que c'est même pas vrai. Il faudrait écrire un « Saint Germain pour les nuls » je crois. Le problème n'est pas la possibilité d'écrire, pas plus que celle d'une île! La preuve, on a encore la possibilité d'écrire « La possibilité» d'une île ». Le problème c'est que cette possibilité existe. Tout le monde écrit, tout le monde! C'est ça, l'horreur! On est déjà tous au paradis, même moi! J'ai dit horreur. Merde, j'ai la bébête qui monte. On avait dit pas de blues, pas d'angoisse rétrospective, pas de vilénies moralisantes ni de promontoires de comptoir. Pardon. Tout est parti du portable. Celui que j'avais oublié. Et puis y eu l'ordi et ma rechute. Le problème c'est la rechute. Chut!

Le docteur a dit trois pilules d'antidépresseurs, matin, midi et soir. Celle du matin c'est pour anticiper l'ascension de la bébête. Celle du midi, c'est pour lui donner à manger quand même, vu qu'à cette heure, elle aura réussi à planter son bivouac sous ma nuque, près du cortex, là où elle se sent le mieux, le plus au chaud. On est pas chien et c'est pas une puce. C'est pas l'autre. La pilule du soir c'est pour qu'elle redescende, dans mon cul. Et enfin, le somnifère c'est pour qu'elle ne vienne pas s'immiscer dans un rêve plat et me le chamarrer en me faisant le coup des condensations freudiennes. Au début, je l'ai crû, le toub. Il m'avait convaincu: j'étais malade. Mes prostrations, mon plus-envie, mes accès terribles de mélancolie, tout ça. C'était la maladie. J'avais un soupçon toutefois, que je gardais planqué au chaud comme ma bébête que j'étais en fait bien décidé à protéger. Car cet assassin voulait la tuer. Mais moi je l'aimais. Je lui avais expliqué combien ces poussées mélancoliques m'étaient sympathiques, que depuis l'enfance j'avais appris à composer avec elles, qu'elles me nourrissaient autant qu'elles m'affligeaient. Je lui avait parlé de Kierkegaard, et de sa définition de l'angoisse comme étant une « antipathie sympathique » et sympathie antipathique ». Je lui avais suggéré, en essayant d'être le plus clair et le plus diplomate possible – je me mets à la place d'un praticien, tu vois: en général ce sont des positivistes convaincus de leur clairvoyance omnipotente, y compris en métaphysique et en existentiel et çà, ça crée et un mur, que dis-je,  une fortification faites des pierres de la certitude, édifiée sur les fondations de l'orgueil et au travers des meurtrières desquelles vous sont décochées les flèches de la condescendance, pas faciles à gérer, tu vois – que cette dualité réversible celait (putain! j'ai mis « celait », j'aurais pas pu choisir « cachait » enfin? ben non parce que dans le celé se cache la notion même du caché..) une forme aiguë de conscience de soi, la certitude d'être au monde, et que çà, ça se guérit jamais, parce que c'est pas une maladie, c'est juste être homme. Je lui épargnai le bazar métaphysique, phénoménologique, épochal et toute cette sorte de cathéter. Tout Dasein mis à part, l'autre restait sur ses positions et ne capitulait pas. Il voulait la peau de mon insecte. Il voulait mon bug. Quand j'ai eu compris le vice, j'ai changé mon fusil d'épaule. J'ai jeté à la corbeille son antivirus et j'ai développé le mien propre, mon antivirus à moi, celui qui me « soigne » réellement: c'était mon witz à moi avec les mots pour le dire. Mon antivirus est fort parce qu'il tue les antivirus. Il est auto-immun en quelque sorte. Parce qu'avec le sien, le toubib croie tuer le bug alors qu'en réalité, chez les gens-gens comme moi, il en introduit de plus gros, alors... Je savais bien que mon antivirus littéraire était un leurre, que j'aurais bientôt besoin d'un second antivirus qui tue l'ancien et puis d'un troisième et ainsi de suite. Il fallait constamment mettre à jour sa version. Parce que ça aussi c'est une ruse de mon bug: ma bébête me fait parfois croire que je suis auto-immun alors que non, chaque antivirus que je fabrique se fait toujours déborder sur sa gauche ce qui explique pourquoi je dois le mettre à jour. Il n'échappe pas au cycle du temps dès qu'il vient au monde, pire, il en a besoin! Il me faudrait donc rester vigilant jusqu'à la fin de mes jours et veiller à bien télécharger les dernières versions sachant qu'à chaque fois, le petit logiciel witzieux vous fait accroire qu'il est parfait, que c'est le bon, que c'est le dernier. Je remarquais au passage que la métaphore informatique, qui sauvegarde, détruit, met à jour, télécharge, patche, suit de près les occurrences de l'être, que tout ça c'est bien de l'être et les mots pour le dire. Que le même lui-même se reproduit quand il croit devenir autre, qu'il se met à jour etc. Que la divine instance du WWW se réifie et que la machine se déifie. D'où les communautés, « les amis », les coreligionnaires, quoi. J'ai donc maudit le docteur Mektoub qui se faisait aussi appeler Omar et qui ne m'a pas tuer et je lui ai fait une carotte. Je lui devais trois séances non payées. Tout ça à cause d'un impensé de la psychiatrie: le patient est un affreux jojo. Mais surtout cet autre: Il est des maux d'esprit qui ont le goût de la maladie, la couleur de la maladie, les selles de la maladie mais qui n'en sont pas du tout. Ou alors c'est que la maladie s'appelle la vie. Un matin, je reçois un texto d'Omar qui me dit: « Tu vien kan me payer? » - «  T Ki? » que je lui ai répondu.

Ça y est, les ronchons grincent des dents: ils aiment pas du tout qu'on parle des maladies de l'âme, du mal d'exister et toutes ces vieilles lunes des existentialistes, extravagantes, obsolètes et qui plus est, obscènes, pornographiques – au sens littéral du terme. Ils disent que vous êtes comme ceux des zazous qui parlaient de la mort toute la journée, de la question du suicide et toute cette sorte de choses et qui, le soir venu, filaient danser la nuit entière au Tabou pour lever de la Greco et chasser le Castor. Ils aiment pas qu'on leur rappelle la bébête. C'est tabou. Alors là, je dis oui et non. Non: plus on est mal, plus il faut danser. Plus on est lucide, plus on baise etc.  Là aussi c'est l'antivirus qui décide. Quand on n'est pas en phase de travail, qu'on est en mode « bon à rien » (j'aime bien le parler mode:  « je suis en mode détente; je suis en mode faire les courses, je suis en mode ceci, je suis en mode cela »,  etc... je crois que je vais en mettre partout, pour le coup), de deux choses l'une: Soit on reste prostré chez soi dans sa fiente et ses  ruminations nocturnes desquelles on sait pertinemment qu'il ne sortira rien, soit on se perd dans le divertissement assumé, la luxure et le stupre. Je ne parle pas de divertissement au sens de l'amusement ni du subtil contour pascalien donné au terme - genre, mais bien de pure luxure, d'un stupre immédiat et radical. Car la version light du divertissement, pondérée et goûtée avec modération n'existe pas chez les fous qui se grattent. Mais Oui: le versant déliquescent de la névrose cérébrospinale à tendance auto-mutilatrice qui s'abîme dans la nuit et qui garde la posture du « Je le fais, mais je suis pas dupe », tels les zazous d'antan (et qui ressemblent tant à leurs héritiers d'aujourd'hui: ultra mondains cérébraux, écrivains des ténèbres trafiquants de coke à la petite semaine, ultramontains papistes et gnostiques de discothèques) est un leurre et la posture, aussi difficile à conserver qu'un restant de meuj au fond de son porte-feuille. Les dandys déliquescents se délitent pour de bon et les dépressifs domestiques se noient dans leur canapé. L'aspect maladie rebute. Les états d'âme sont vulgaires,  Les écrivains de la maladie font souvent long feu et brillent comme des queues de comète.  Seuls restent les têtus, les décidés à ne pas mourir, les vrais enragés qui sont les vrais engagés. Leur persévérance dans l'être transfigure leur névrose cérébrospinale en un cérébro-spinozisme, laquelle persévérance, même si l'on est pas en prise directe avec la philosophie , si l'on goûte peu la sauce hollandaise, constitue le moindre des hommages que peut rendre la vertu à l'obstination et la tête au corps pour avoir au moins le temps d'achever une œuvre de l'âme. On ne termine pas son testament outre tombe. Pas que je sache.

Oui, mais: et la prise de tête alors? Le registre de l'auteur souffreteux, du malade ou du dépressif prend la tête. Et il tue.« Tu te prends trop la tête! » m'a-t-on déjà asséné. Le pire, c'est que j'étais d'accord avec eux. S'il y a un truc à ne pas faire en société aujourd'hui, c'est bien de prendre la tête. Mais il y a une nuance. Subtile. A savoir. Prendre la tête n'est pas automatiquement une activité dialogique où l'un prend la tête de l'autre, non! Se prendre la tête ou en faire l'aveu, entraîne par dérapage ou par capillarité - on choisira – la prise de tête des autres autour. Si vous vous prenez la tête, vous verrez les visages changer autour de vous , les mines se défaire, les plus joueurs se décomposer, les boute-en-train se vermouler: c'est que ça y est, ils se prennent la tête. C'est pire que la fumée du tabac, nocive pour votre entourage et la buée que dégage la prise de tête s'inhale instantanément par autrui et entraîne par contagion une prise de tête pandémique. Prendre la tête tue. Comme si, dès que vous crachiez la fumée de votre clope sur le nez de quelqu'un, celui-ci chopait le cancer immédiatement. Vous vous rendez compte! Prendre la tête est le piège à éviter pour un romancier bien sous tous rapports. Propre sur lui, gymnaste, aimant la vie, promenant son chien à Cachan, il est plein de saines habitudes. Il aime les sans-papiers, il veut leur en donner des papiers. Il aime pas la sida. Il veut lui en foutre à la sida. D'entre toutes les maladies qui accablent le pauvre gen-genre humain, c'est la sida qu'il aime pas, parce que c'est un empêcheur de baiser en rond – quand je dis en rond, c'est bien en rond, comme au jeu du furet – et donc il cotise pour des associations végétatives. L'auteur sain, pas celui de la maladie - bien qu'il puisse avoir la sida - crée des variations colorées sur des thèmes sucrés à la mode. Il se met en mode « mode ». Il fait de petits livres acidulés, bleus ou roses, aussi répandus que les mojito en vogue, à lire sans modération, avec une paille dans les yeux. L'auteur malade répugne, avec ses thèmes trop crus, sa lucidité  insupportable, son regard sans haine qui rend plus détestable encore la société des gens-gens qu'il décrit. Son humour, aussi. Son effroyable humour qui fait pousser un de ces sourires, qu'on a envie de se le rentrer à coup de poing dans la tête. On se prend la tête. Il prend la tête. Il répugne mais il fascine.  Et s'il fascine, il fascise. Il aime pas les sans-papiers, il aime pas les noirs, il aime pas les cainfres, il aime pas les rebeus, il aime pas les femmes. Il aime les putes, les cloaques, les îles impossibles et toute cette sorte de choses. Il avoue un agnosticisme que lui même conchie,  il fait part d'un scepticisme qui l'auto-navre, il est porteur d'un athéisme qui se déplore lui-même et qu'il n'a qu'une envie: c'est de congédier. Il veut aimer, être aimé mais il y arrive pô. Il fait tout le contraire de ce qu'il faut faire, c'est plus fort que lui! Il croît qu'en étant lucide, on lui rendra grâce, qu'en disant la vérité, le fait brut des choses, sans même risquer une théorie, une interprétation, on le remerciera. Mais non, il oublie que le réel qu'il voit n'est pas celui des gens-gens sans prise de tête. Son réel à lui, c'est sa vérité, c'est celle du petit monde étroit, mesquin et souffreteux de la prise de tête. Alors, comme on tolère un quota d'anomalie pour mieux se sentir droit, on le tolère, en petit échantillon. Comme de beaux facebookeux font poser un affreux sur leur photo de groupe, comme on prend plaisir à regarder les encyclopédies médicales pour mieux s'éprouver sain, comme on a toujours besoin d'un petit poids chez soi, on le tolère. On le submerge même parfois de tolérance. Une grosse tolérance, montée comme un âne et exhibée dans des magazines où sourdent quelques érectiles interviews de maladifs. Et puis après, fini, plus rien, à +. Je voulais que c'est Houellebecq qui sort.

Donc, non, je ne suis pas malade. Je suis même hautement récupérable puisque j'écris. Je fais partie en réalité des dupes lisses. Un auteur est un dupe lisse. Il faut le savoir. A partir du moment ou il pisse une goutte d'encre, ou il remet des cartouches, c'est qu'il veut faire impression. Il est hautement récupérable. Dans la plupart des cas, il aspire à être récupéré, il est récupéré et il jouit de cette récupération. Il défèque  régulièrement de petites perles de librairie. Parlons plutôt de ceux qui n'entendent pas l'être. Ils jouent le double jeu de l'idéaliste qui compose avec l'impératif éditorial, pour faire vite: avec la médiocrité, et avec son talent qu'il entend garder pur. Ce jeu entraîne un travail sur le travail de l'auteur lui-même, qui, se faisant plus lisse, plus souple, plus perméable à l'intense demande de médiocrité qui l'assaille, commence d'imprégner ses idées de petites impuretés, il accepte d'entacher son œuvre de petites chiures de mouche, parfois presque invisibles à l'oeil nu. Bien que produisant sous la lampe de beaux bébés joufflus pleins de morgue, il excise néanmoins ses enfants par de fines césures d'auto-censure. Au final, il se retrouve à composer avec la médiocrité extérieure et la sienne propre. Ces deux finissent par ne faire qu'une quand notre auteur vend toutes ses parts au fond de pension qui tiennent l'industrie pâtissière. La grosse pâte obscène absorbe la petite particule singulière qui se fond en elle et vient l'enrichir. C'est ainsi qu'on obtient de bons gros gâteaux éditoriaux et des succès de pâtisserie. Mais pour notre petit artisan puriste, c'est une telle souffrance pour lui que de consteller ses fours d' éclats de merde  et de chiures de mouches que son œuvre ne prend forme que très lentement, douloureusement, au forceps et avec la complicité d'un éditeur véreux qui aura bien voulu, de son côté, se compromettre avec la grosse pâte à crotte en acceptant dans son catalogue un tel phénomène. On ne s'en rend pas compte, mais pour avoir des chiures fraîches et régulières, il faut d'abord les élever les mouches. Il faut en prendre soin et les nourrir régulièrement, devenir leurs amies, les côtoyer. Pour cela, il n'est pas d'autre moyens que de tourner autour de la merde. Mais pas qu'une seule! Il faut rendre compte de la variété des étrons que produisent toutes les formes de vie, il faut donc un échantillon représentatif. Cet infect compromis a tôt fait de rendre zinzin le puriste, ou au mieux, de le rendre muet, alexique. Ce que je préfère chez Rimbaud, c'est son mutisme mûr. Ce que je préfère chez Nietzsche, c'est son extraterritorialité. Ce que je préfère chez Kafka, ce sont ses silences assourdissants dont il perfore son texte, sa timidité,  sa voix éteinte en société, racontée par Max Brod, et ses rires tonitruants racontés par Max Brod, bien plus insupportables, bien plus hurlants que tous les mots de son œuvre réunie. Ce que je préfère chez Camus, c'est sa Facel Vega. Comme Sartre, mais pas pour les mêmes raisons, mon salaud. Mais aussi la surdité de sa mère. La surdité de sa mère... Sourde à son auteur de fils, aveugle à son texte car l'infante était aussi inculte. Moi je vous dis qu'un bon auteur aujourd'hui, ferme la gueule de son imprimante. Je crois qu'on a plus intérêt à laisser ses manusses à son notaire qu'à son éditeur. Pardon à celui qui m'aura fait mentir.

L'audimat donc. Mediametrics pour la version visuelle, la téloche. Atoll!. Les opticiens! Optic deux mille! Et rendre la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, les mains aux manchots, les gros seins aux petits seins, les grosses bites aux petites. Jésus ferait aujourd'hui des femmes étiques des bimbos et des pauvres d'esprit des queutards transalpins. Avec mon nouvel écran plat vingt-trois pouces, j'ai devenu plus mature. Je suis en mode mappemonde. J'ai quatre-vingt douze chaînes, les globes oculaires exorbités sur un panorama magnifique avec vue imprenable sur la planète devenue cette mappemonde de vingt-trois pouces. J'observe avec délice, des cookies pleins la bouche les tours s'effondrer, les belges s'esclaffer – les belges, quel peuple, tout de même! - les français mesquiner, les américains chewing-gummer, les arabes se laisser al-jaazirer, les chinois taïwanner etc. J'ai surtout des films. J'aime les movies. Je les bit-torrente sur mon ordi, dans le dossier Mes Vidéos, et après je les regarde avec ma neuf-box, via le Media Center qui redistribue les data. J'ai cependant un problème. Il semblerait que je ne puisse visionner les films récents qu'en bichromie. Je les ai soit jaunes, soit bleu. Ça m'énerve, je me creuse la tête pour avoir d'où ça vient mais j'y arrive pas. J'ai même appelé la Hot Line. J'ai écouté la petite musique qu'on entend à la télé, « la-lalala-laaa... », j'ai appuyé sur « étoile », sur « un » puis sur « dièse », sur deux puis sur « dièse », j'ai tapé mon numéro de client, « sept-un-six-neuf-trois-quatre-huit » puis sur « dièse », j'ai attendu un moment puis confirmé mon département, mon code postal, mon adresse. Puis j'ai poireauté. J'ai poireauté trois-quart d'heure en pestant parce que c'est nous qu'on paye et quand j'ai enfin réussi à avoir quelqu'un, une jeune femme très jolie avec un accent des antilles, c'était pour m'entendre dire qu'on ne pouvait rien faire. En fait, je lui disais, ça fait ça qu'avec les films after 11 septembre. Ceux d'avant, ça va, ils sont normaux, en quatre couleurs et tout, mais ceux d'après ils soit jaunes, soit bleus. C'est l'un ou l'autre. Par exemple, j'ai vu hier soir L'étrange histoire de Benjamin Button, - remarquable, touchant, mais jaune. Le dernier Woody Allen: Whatever works, lui aussi, un film jaune. Le dernier pour la route, un film bleu. Les polars, les films à castagne, les grands block-busters sont bleu. Les films qui sont en mode poétique ou réflexif, ou pour le moins, qui se veulent donner dans la nuance sont jaunes. Les films réalité, de baston, d'évidence du réel et toute cette sorte de choses sont bleu. Remarquez que le jaune et le bleu mélangés, ou alternés rapidement, ça fait du vert. La couleur des temps nouveaux. La couleur de l'unimonde à venir, écolo-vitaliste. Le violent et le maniéré, l'action et la contrition, ça fait du vert. La couleur de la pelouse, des feuilles avec un vague parfum de biosynthèse qui vous monte au nez. Pour le coup, on a beau pas être bégueule, on veut pas jouer les râleurs, hein, les laudateurs du bon vieux temps et les maladifs, mais tout de même le réflexif, l'onirique a quand même une vague couleur de pisse, de papier qui pue, de suranné tandis que le réel a la part belle, il a le bleu du ciel, pas celui de Genêt, nan, mais celui d'Arthus-Bertrand, celui des ballades en hélico au dessus de la mappemonde On avait le noir et blanc autrefois, le mélange fait du gris. Le gris de la nuance. Le Technicolor d'Hollywood a apporté le kitsch Le kitsch, c'est l'appartement de mon concierge portugais: Des poupées de Santon, des nappes en crochet et des puzzles de chat jouant avec des pelotes de laine avec une madone peinturlurée comme Marie-Madeleine posée sur le linteau des restes d'une cheminée hausmannienne en ruines. J'omets à dessein le chimpanzé emmitouflé dans le pécul du poster des toilettes. Des couleurs hurlantes, gerbantes comme le réel, le kitsch, oui c'est ça, c'est le trivial du réel. Sa réification, pour causer riche. Bon, alors les films concoctés dans la marmite Technicolor, c'était ça. L'ambition de l'entertainment, du grand spectacle et de l'épopée, c'est à dire du mythe, lavés à la machine du quatre couleurs brutal, soixante degrés, essorage lent. Résultat moyen, tabassage des couleurs, mais une trame nette. On avait encore de la fibre à se mettre sur le dos. Le mythe, c'est ça,  trivialité des dieux, de leurs appétits, de leurs querelles avec malgré tout une certaine préoccupation de l'universel. Le noir et blanc était racial: il laissait trop de place aux noirs – pour une fois - d'où les films policiers et le large espace laissé à la noirceur de l'homme (joués par des blancs) dans les films de cette époque. Le Technicolor a chamboulé tout ça. La suite, on la connaît. Les filtres sont arrivés mais ils étaient encore variés. On faisait des films comiques, des films catastrophe, des films intimistes. S'apercevoir qu'apercevoir ne prend qu'un p c'était bien parce qu'il y avait pas mal de p. Des p bien jambés, des p ronds, des p droits, des p briques, des p broc, des p dés, des p foireux aussi. Beaucoup. Bon, là maintenant, je m'aperçois que p se décline en deux tons. Reste Bollywood. Mettez-moi un Bollywood et je rêve, je me pâme, je bande comme Ataturk. Bon, je suis peut-être daltonien. Et érotomane. Mais si je vois le jaune bleu et le bleu jaune, le résultat c'est quand même du vert, non? Ah! Je vous ai coincé, là! Mon ophtalmo aussi je l'ai coincée, dans les toilettes. D'ailleurs, je lui ai fait une carotte, à elle aussi. Un réelle carotte, une carotte bleue.

L'audimat donc. La radio, c'est chouette, c'est bath: c'est un genre radical. La nudité de la voix , tout ce qu'elle transmet, son intertexte. Impossible de gruger avec la voix, même celle qui ment. Surtout celle qui ment. J'aime la radio et tous les ressorts sur lesquels elle tire. Paradoxal, pour quelqu'un qui croit que le jusqu'au-boutisme littéraire est son jusqu'au-mutisme, non? C'est que le silence vaut cher quand il se paie de mots. L'auteur en a besoin pour reprendre son souffle littéraire. L'animateur de radio lui,  reprend son souffle tout court. Son silence est une faute de goût quand il le prolonge ou quand à l'inverse, c'est à l'oreille à laquelle il s'adresse qu'il ne laisse plus le temps de respirer. La mode est à ce dernier excès: le débit abondant, soulant ( tout est « soulant » aujourd'hui d'ailleurs, sinon c'est « kiffant ») le flot de paroles, le flow, le rap, la chiasse verbale: logorrhée. Le premier péché quant à lui, est à mettre au compte de l'amateur animateur inexpérimenté. Il n'est débiteur que des mots dont il manque et dont le choix laborieux est indigent, approximatif, saburral, baveux,. Même ses respirations il les laisse à entendre. C'est obscène, porno. Une respiration, une explosive ou une sifflante, même sur France-Cul, c'est porno. On a tout de suite l'impression de rentrer dans les toilettes dudit, de mettre un écouteur sur ses boyaux. Ça sent trop l'être, une respiration. Si l'être en question a de gros seins ou, pour les filles, s'il est monté comme un âne, tout va très bien. C'est qu'on est rentré en mode « cul ». On est au XXIe siècle, et – on est des bons, on est des modernes – tout part en mode Cul en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, ceux qui m'aiment prendront mon train (un film jaune), et tout va pour le mieux. Je me résigne devant cette mode, ayant moi-même un penchant pour les amateurs qui égarent parfois leurs vidéos... bien qu'au fond j'en rougisse pour moi-même, car en définitive, c'est bien le même consensus mou qui démocratise le sexe et l'hygiène, le cul et le cul-cul, le cra-cra partouzier et les lavages de main  hydro-alcoolisés. On était parti de cette respiration qui n'est pas du mode cul mais bien du mode « sens mon être » comme on sent un pet. Ça ne se fait pas, çà. Trop intime. Nouvel aparte: je propose une théorie du pet qui vaut ce qu'elle vaut, pour le moins un pet de lapin. Voici. Si l'on répugne tant à sentir les pets des autres, mais que l'on ne dédaigne pas être plongés dans notre propre disgrâce, c'est bien parce que c'est les autres et parce que c'est nous. Notre pet perso ne nous dégoûte pas car il contient notre être, il est la preuve matérielle, moléculaire et immanente de notre vie. Il nous fait nous éprouver. Un être que ses propres pets répugnent est en réalité menacé par une estime de lui-même insuffisante. Signe avant-coureur de dépression, de pulsion suicidaire et toute cette sorte de choses! Ou alors d'un nouvel auteur nauséabond. L'odorat est en cela un sens particulièrement estimable. Il vous plonge le cerveau et le reste des sens à sa suite dans un bain, une atmosphère totalement contenante, englobante. Il a le don de vous ramener dans des lieux, des endroits, vers des entourages, d'évoquer en un seul instant qui défie le temps lui-même tout un monde sans qu'un seul mot n'ai pu s'en ressaisir. Il n'y a qu'à lire Marcel, je ne vous apprendrai rien de plus. Les pets des autres nous font gerber parce que c'est leur être qu'ils exhibent comme des porcs. Ils débraguettent leur esse qui nous évoque la consolidation de leurs selles  et tout cette sorte de choses, et la réification de leur être qu'on croyait, dont on voulait, qu'il demeurât ce diaphane rapport visuel et cet  éther verbal. Oui mais non, c'est pas ça. Aparté terminée mon colonel. On comprend mieux la radicalité de la radio, son côté sans filet. Emissions de jeux ou de musique, interviews de politiques ou de stars, quelle noblesse dans cet art! Loin devant la tévé, il restera toujours un peu d'esprit, un petit supplément d'âme à ce média. Mais voilà, il n'est pas d'art pur, madame. Ni en tévé, ni en radio.

Il était une fée, un ange gardien de la cité des ondes, la fée Audimat. Elle frappait de sa baguette le berceau des numéros zéro et veillait sur la constante et saine croissance des magazines, chacun avec leur personnalité. Elle grondait les plus turbulents de ses enfants, et vilipendait ceux qui se laissaient aller et lui ramenaient de mauvaises notes.  Ceux qui avaient des bulletins en dessous de la moyenne étaient priés de quitter la noble institution pour une autre plus adaptée. Les sondages à cette époque étaient discrets, tenus secrets. Ils avaient même quelque chose d'inavouable. Dire qu'une émission était bonne parce qu'on la regardait, c'était un peu la honte parce qu'on pointait du doigt, non la qualité d'un projet mais son audience. On affichait du même coup une certaine foi dans le libéralisme et ses valeurs, on disait  - Le capital - l'audimat représentant idéalement ce qu'est un bon système marchand dans un milieu où il était plutôt de bon ton de le torpiller. Et plus loin encore, les vicieux lecteurs de Tocqueville voyaient dans la tyrannie de l'audience une parfaite reproduction de celle de l'opinion, point d'achoppement de toute démocratie. Néanmoins, la fée conservait d'autant mieux son autorité que l'on spéculait sur son existence et qu'on voulait la tenir au secret. Le secret, c'est l'endroit rêvé pour que prospère une fée. La sanction de la fée se tempérait par les décisions des directeurs de chaînes qui d'eux mêmes avaient tendance à atténuer leur sévérité de peur qu'on ne les surprenne à choyer leur protégée. Autres temps, autres mœurs mais les lois ne varient pas. Dans le secret, la pudeur et une certaine honte ont fleuri les meilleurs produits. Quand on accepte aussi l'idée qu'un public n'est pas toujours aussi idiot qu'il en a l'air et qu'il marque parfois du goût pour la qualité, l'ensemble, fée, bébés émissions et public peut s'équilibrer harmonieusement.  Bon, mais là, j'en peux plus. Depuis un certain temps maintenant, Audimat est devenue complètement folle. Narcissique, elle mire son reflet dans la marre saumâtre du paysage audiovisuel français, autant dire dans son PAF qu'elle ne peut plus quitter des yeux. Elle est aussi la nymphe Echo qui ne s'entend même plus causer tant résonne sa voix en pleine nature (une sorte d'échologie).  Des émissions entières lui sont consacrées, radio, tévé: on se raconte pour soi-même quelles audiences ont fait tel ou tel magazine, tel ou tel film etc. Le concept est même interactif puisque les auditeurs ou les téléspectateurs – donc l'audience - peuvent appeler pour y aller de leur petit commentaire - content ou mécontent. Ça veut dire que l'audimat se voie lui-même regarder la télé, s'entend lui-même écouter la radio. Étonnant, non? On lui fait ainsi croire qu'il est dans le vent, qu'il est de la communauté (ou des amis, au choix), qu'il a enfin tout pouvoir sur ce qu'il entend voir et sur ce qu'il se voit écouter. Les socialistes avaient déjà inventé la démocratie participative, tautologie aussi imbécile qu'éclairante: on sait qu'en démocratie, le peuple ne participe pas. Bon, d'accord, on rajoutait de la participation à la participation. Le coup du supplément. C'était pour marquer le coup et dire qu'on était pas vraiment en démocratie avec l'ennemi et que là – pour le coup – les électeurs allaient enfin avoir la parole. Moi, j'eus été socialiste, ça m'aurait vexé! Ici, on invente l'audimat participatif. La fée abstraite et pudique est devenue est une vieille catin qui se reluque la touffe à longueur de prime time! Du secret de ses appartements elle est sortie et se dépoile dans ceux  de Secret Story. Dans le miroitement crépusculaire de sa mouille, elle ne voit  pas que c'est sa propre dissolution qu'elle contemple. D'abstraite et pudique, elle devient kitsch et pleine de turpitudes. De segmentations en segmentations, ses robes se fendent et la mettent à nu: le public se dévoie dans ce qu'il croit choisir mais qui ne lui est imposé que dans le circuit redondant et appauvrissant par nature de la médiocrité.  C'est normal, c'est parce que c'est son propre être, c'est l'odeur de son propre pet. C'est pour ça qu'il est pas dégouté. Mais peut-on manger son caca? Vous le saurez demain. Alors, à demain... si vous le voulez bien!

L'audimat est devenu une nouvelle catégorie de la culture. A travers lui bien sûr, le capitalisme échevelé, le libéralisme décomplexé, en fait un jeu de dupe où un certain public français prend acte des changements culturels qu'impose la mondialisation tout en les déplorant. Il joue le jeu mais en boudeur impénitent. Car après épuisement des genres, et l'avènement du clic – le clic, c'est chic - il est flatté qu'on le prenne lui-même pour un nouveau genre: un gen-genre. Le quidam est télégénique, on le filme en huis-clos dans des appartements jaune et bleu et rose, on le prend sur le vif, on le strip-tease, on lui prend ses mensurations en terme d'audience. Comment flatter un zappeur? En le faisant zapper. Nombreuses émissions où les gen-gens donnent leur avis sur tout, zappent sur tout puis racontent le rien sur tout... et réciproquement. Ce phénomène m'horripile particulièrement dans le cas de la radio. Je le prends en exemple car il est le dernier média contaminé. Moi qui naguère, ne tarissais pas d'éloges sur le genre radiophonique, la magnifique difficulté de retenir l'attention d'un auditoire, sans artefacts d'images ni d'effets – maestria des revues de presses fines, précises et délicieusement ironiques, magie des chroniques - qu'elles soient musicales, littéraires, cinématographiques ou autre – voilà qu'aujourd'hui parole est donnée non plus aux journalistes, jeunes ou expérimentés, novices ou vieux briscards de l'interview, mais au public, à l'audience. A l'audimat. Un beau soir, j'ouvre mon poste et, misère! Voilà qu'en lieu et place de ma chronique politique préférée, juste après le flash, on passe le combiné à Bernard, qui m'ahane des lieux communs sur l'affaire Clearstream: « C'est vraiment des règlements de compte qui ne nous regardent pas, comme qui dirait, c'est « bonnet blanc et blanc bonnet » » etc. mon cher c'est pas fini, on passe la parole à Janine, du Var. Elle est pour la fécondation post-mortem. Celle où l'on se sert du sperme en paillette d'un macchabée pour une veuve pas joyeuse du tout «  par-ceu que c'est vraiment u-neu preu-veu d'amour, hé! » Peuchère, pour sûr-reu que c'est une bel-leu preu-veu d'a-mourrr! Surtout pour l'orphelin de quinze ans qui comprendra qu'on l'a bien enculé – par amour – en faisant définitivement de lui le fils d'un cadavre, sans aucune chance de connaître un père. Même les enfants adoptés, abandonnés ou fécondés façon belge gardent le secret espoir de connaître un jour leurs vrais parents, leurs vrais géniteurs. Combien de fois faudra-t-il vous le dire, bordel à queue de beaufs technologiques!, crétins cybernétiques atrophiés du cœur! Ce cœur que, les uns après les autres, les gen-gens troquent contre un disque dur plein à craquer de bons sentiments, lui-même doté d'une puce à bonne conscience dernier cri et d'une cosmétique camouflage en prêt à porter! Combien de fois faudra-t-il que je me tue à dire qu'un géniteur et un père ne sont pas dissociables! Qu'une mère porteuse, ça n'existe pas! Qu'un père biologique, ça n'existe pas! Bordel ! Ça n'existe pas! Une mère qui porte c'est une mère tout court! Quand elle couve pour une autre, c'est une fourmi, une abeille, un insecte, avec un cerveau d'insecte et un cœur gros comme une tête d'épingle. Il y a les reines porteuses, les poules pondeuses, pas de mère porteuse chez les humains ça n'existe pas! Le faire quand même c'est donc revenir à l'animalité par le pire artefact qui soit, celui de la technologie censée précisément différencier chez les modernes l'homme de l'animal. C'est ça, le problème. On ne voit plus comme Kant et même Descartes que c'est l'aspiration métaphysique et morale de l'homme qui le sépare de son animalité. Que ce n'est pas une science. L'animal aussi est technique. Il peut aussi être homosexuel, enfin! C'est vrai que le tournant à la mode en philosophie aujourd'hui, c'est de détourner le genre. D'où la décrépitude de la question de la différence homme-animal puisqu'il s'agit de l'abolir. Après la finesse du « le sexe est une invention de la culture et donc les genres sexuels aussi », vient le: « l'animal est un homme comme les autres », abolir le genre tout court, tous les genres. C'est le nec plus ultra de l'humanisme des temps nouveaux, le comble de l'antiracisme, si, si , je vous le dis! Ça vient! Une vague déferlante de bonne conscience, bientôt dans toutes vos facultés et séminaires de philosophie. La télé après: La zoophilie, bientôt dans vos programmes coquins de seconde partie de soirée. Ne zappez pas! Et surtout,  votez! Et Appelez Europe 1 dès le lendemain.

Navré de cette nouvelle digression, vous allez finir par faire une indigression, si ça continue. Ah, oui, Bernard et Janine: je me fous de Janine comme de Bernard, comme de Claudine, comme de Jacques, Paul et Pierre et toute cette sorte de glose. Je n'écoute pas ma radio préférée pour entendre ce que j'ai au café du coin. J'ai les mêmes à la maison. C'est précisément eux que je veux fuir quand j'ouvre mon récepteur (je voulais dire « transistor » et suis triste de ne plus pouvoir dire « transistor », j'adorais quand ma grand-mère – autrefois, dans le bon vieux temps qu'était super - allumait son « transistor »). Ce que je veux, c'est des journalistes, des gens dont c'est le métier de parler beau, de parler bien, de faire de belles phrases bien construites, pas comme moi: pas de solécismes ni de dyslexies, mais des phrases avec des idées dedans, des précisions, des lieux, des temps, des arguments en  trois points, des entrées en matière rigolotes et des clins d'œil subtils, et à la fin, de belles synthèses bien girondes pour poser son oreille dessus. Ce que je veux, c'est des analystes, des sujets qui ont du corps, du maintien, de la discipline et de la beauté. Je ne veux pas de la langue saburrale et indigente du peuple. Pour le coup, c'est le peuple qui a besoin de ses élites pour s'élever et pas l'inverse. D'aucun ont considéré que la mode d'autrefois étant de donner des perles aux pourceaux, il était nécessaire que désormais les pourceaux nourrissent les pourceaux. C'est du propre! On revient au pet du cochon, n'est-ce pas? Mais, je vous vois blêmir. Rassurez-vous, camarades! Les détecteurs de fumée vont devenir obligatoires.

On avait connu la reproduction de la reproduction: les revival des styles sixties, seventies, eighties etc. La mode faisait renaître des standards en les modifiant un peu, ceci est parfaitement normal, dans l'ordre naturel des choses. Il est normal de vouloir ne pas l'être, normal. Un certaine vision hégélienne du monde: il reste le même mais se persuade de créer de l'autre. D'où son illusion de nouveauté du départ, sa belle admiration de l'autre, puis sa désillusion quand il s'aperçoit qu'il doit remplacer sa belle mode par une autre, parce sa mode s'est figée, elle est devenue kitsch, beauf, ringarde; marre! H'las! C'est comme l'antivirus de tout à l'heure. La mode vestimentaire est tout à fait représentative de ce phénomène. Eprouver son être au monde dans un même contexte, faire part de sa particularité selon un choix fini d'étoffes, de bijoux et d'ornements définis par une époque. Si le luxe est l'apanage des riches, et le vêtement ordinaire celui des pauvres, la question n'est pas tant la différence sociale – celle que nos défaiseurs de genre n'aboliront jamais -  mais une certaine idée du goût et de la norme dont les marges elles-mêmes sont encadrées par le contexte historique. En cela, la mode est saine, parfaitement saine. Ne pas vouloir ressembler à son voisin en achetant d'autres fringues que lui dans d'autres boutiques soumises à la même pression historique du goût et du critère esthétique, c'est sain. Il y aurait beaucoup à dire, c'est vrai sur un certain déclin du goût ordinaire justement, vêtu de Come eight ou de Ralph Lauren, de Made in China ou de Made in India, l'abondance n'aura jamais autant appauvri le goût commun. Fin du smart ordinaire, coucou les tee-shirt porte-ninwak avec balafres, bariolages, graffitis et slogans débiles. Une certaine idée du particularisme. Je m'amusais récemment à compter et noter au parc Monceau les variétés de la connerie ordinaire :

Alibi des marques! Ah, les marques! A brand new day! Lacoste est un bel exemple: la célèbre enseigne est devenue une marque pour gueux, à mourir de rire. J'aurais voulu être une petite souris pour voir la gueule des Lacoste quand ils ont vu en quelques années leur marque se faire phagocyter par les banlieues qui en avaient fait leur signe extérieur de riche pauvreté! J'aurais voulu assister aux conseils de directoire ou d'administration! « Qu'est-ce qu'on fait, c'est une catastrophe! Les bourgeois ne veulent plus de notre crocodile, ils ont l'impression de laisser leur porte-feuille entre ses mâchoires! - oui, et ceux qui restent en ville, les voyous nous les achètent même pas, ils nous les piquent! » il y aurait beaucoup à dire mais on ne dira pas parce que sinon, on va encore nous traiter de vieille barbe, d'expert discriminateur, d'exterminateur de discriminés, de raciste, d'anti-antiraciste, de xénophobe, de Xénophon, de Spasfon, de philophobe et toute cette sorte de prose. On se contentera de dire que la mode, ça suit tout ça. La reproduction de la reproduction est normale depuis le jardin d'éden qu'on copie la copie ratée. Mais ce qui est nouveau, c'est l'accélération de la copie. Et le découpage de la copie en mosaïque, en confettis. Le même se fuit et se reproduit de plus en plus vite. Normal, c'est un peu le destin de l'occident des Lumières: l'ampoule électrique n'existait pas sous les lumières. On avait la lampe à huile. Et la temporalité qui va avec. Les idées étaient fumeuses, sûres d'elles, même si la flamme chancelait de temps à autre, elle faisait réellement long feu – un certain complexe de supériorité notamment, une pulsion évangéliste internationale qui se convertirait peu à peu en droit-de-l'hommisme et son poisson pilote: le droit d'ingérence . Mais n'allons pas trop vite. Quand l'industrialisation est passée par là, on a découvert le courant électrique. C'est depuis qu'on accélère. Le principe même de l'ampoule à filament, c'est ça: du courant qui ne passe pas tout le temps mais qu'on fait passer alternativement, selon une fréquence très rapide. On reproduit le courant et on reproduit les ampoules, de plus en plus vite. La continuité de la lumière est pure illusion mais c'est la vitesse qui la simule. La planète s'est enguirlandée continument tout au long du XXe siècle. Le faisceau lumineux contient sa propre extinction. C'est tout notre siècle, ça! Vous allez mieux comprendre avec une petite histoire de la musique moderne: depuis l'invention de la reproduction phonographique, on grave la musique sur des disques, ou vinyle puis sur des CD, et à présent sur de petits supports mp3 etc. On reproduisait la musique et on la vendait. Les morceaux se voulaient originaux et les artistes reconnus comme de vrais créateurs. Des esprits féconds d'où pouvaient jaillir des idées inédites capables de séduire, d'en émouvoir des milliers. Il ne venait pas à l'idée de la musique de s'utiliser elle-même, de s'échantillonner et de se morceler en quantité de fragments recyclables. C'est aujourd'hui le règne du recyclage. On avait commencé par reproduire des styles ou des genres des décades passées: Ainsi, dans les années quatre-vingt des groupes sont apparus qui singeaient l'esprit des années soixante, dans les années quatre-vingt dix, le Grunge est venu revendre du baba cra-cra des seventies et depuis les années deux-mille, ce sont les eighties que l'on fait revivre avec force déférence et nostalgie. C'est drôle d'ailleurs, parce qu'en copiant les années quatre-vingt, on copie l'époque qui justement a vu naître l'esprit de la copie d'esprit. A ce plagia accéléré, plagia du plagia, correspond sur le plan épiphénoménal de la composition musicale elle-même, l'ère du sample qui, depuis quelques années maintenant est venu modifier jusqu'à l'approche de la composition elle-même. Là où il eut été honteux autrefois d'utiliser un air, un thème, un gimmick de quelqu'un d'autre sur son propre album, il est aujourd'hui devenu incontournable. On admire l'artiste qui a créé un échantillon sur le thème d'un autre artiste et l'a collé dans sa production, faisant ainsi du neuf avec du vieux dans un patchwork électronique ou hip-hop hyper branché. Loin de moi de critiquer cette mode car elle revient exactement à ce que l'homme fait depuis toujours, savoir utiliser des matières premières de plus en plus évoluées et ré-adaptables comme des kits de fabrication. Ce qui est frappant, c'est le morcellement des œuvres et du coup, leur momification accélérée. La musique se démode à une vitesse extraordinaire, surtout celle qui se dit moderne. Rien n'est plus « old school » qu'un morceau de hip-hop de dix ans, ou une pièce électro d'à peine quelques années. Plus contemporaines elles s'annoncent et plus vite elles deviennent kitsch. Échappent à ce phénomène les œuvres qui tendent à ne pas se fondre dans l'actualisation ni la temporalité. Ainsi, les œuvres classiques qui demeurent atemporelles et universelles. Une soif inextinguible de nouveauté voit le jour. Il s'agit même d'une  compulsion de nouveauté. Le même veut s'échapper à lui-même de plus en fréquemment car il a une conscience de plus en plus aigüe de lui-même. Et honteuse. La technique aura permis au même de créer de l'autre mais cet autre lui fait voir aujourd'hui toute sa facticité et tout l'éphémère de son existence. Il est obligé de se renouveler sans cesse, d'accélérer ses modes et ses refrains. La gigue des modernes devient une danse de Saint Guy à donner le tournis. Tout ça pue un peu le rance, le renfermé. Le Même épuisant, lassant  qui renifle son propre pet. La même histoire.

Comme l'ampoule électrique, l'étincelle créatrice du moderne masque mal son extinction: extinction de voix quand bien même il accélère son débit, extinction de l'originalité de son art quand bien même il le colle, le décolle, le morcelle. Des petits bouts de même recomposent toujours le même. En plus moche encore. L'art du patchwork c'est comble du même, le paroxysme de sa crise. Le même se mire constamment. Narcisse, il se convoite lubriquement lui-même et, quasiment dans le même temps, il s'exècre et veut se fuir. Il se prend en grippe. Cette cyclothymie accélérée  est parfaitement visible, elle est palpable et transposable dans tous les domaines où le moderne met les pieds. Il est très fatiguant de vivre aux côtés de quelqu'un de bipolaire. A fortiori quand cette bipolarité s'étend à l'échelle du monde. L'occident moderne et sa passion vitaliste l'entraîne dans la quête de Dorian Gray. Il veut garder les traits d'une jeunesse éternelle, arbore son immaturité comme nouvelle catégorie de l'être. Mais son image est au fond terrifiante et d'une laideur infinie. A relifter constamment.

« Là où il y a de l'hygiène, il y a du plaisir. »


Dorian Gray prend du Botox. Il est un beau toxicomane. Il est « métrosexuel » et manucuré. Il se nourrit de cinq fruits et légumes par jour. Il ne fume plus, ne boit plus. Il respecte les nouvelles lois alimentaires de la casherout hédoniste. Adonaï se confond avec Adonis qui promeut un messianisme sans sucres ni caféine. Dorian est inscrit sur Facebook et tague les murs de ses copains bobo de son rézoo. Il va voir Mylène Farmer et Indochine en concert. Il aime le troisième sexe et l'abolition des genres. Il va se trémousser à la Gay pride. Il simule quelques coïts en jubilant comme un môme qui touche son caca pour la première fois, du bout du doigt. Il installe les banderoles du char « Trans, Bi, et nouvelles sexualités ». Il a lu un peu Foucault et entendu parler de Judith Butler. Il aime Batisti, il aime Polanski et il veut les soustraire à ces salauds de juges. Si,si, il veut vraiment les soustraire, car il a du cœur! Il est pour l'adoption homosexuelle car il dit: « je connais des couples homos qui s'entendent mieux qu'un couple hétéro ». Il a une très grande hauteur de vue. Il a des tatouages maori sur les biceps qu'il fait travailler en développé-couché tous les matins. Il a un peu de culture alors il cite Hegel. Il voit dans l'Esprit de l'histoire une sorte d'ange bienveillant, luisant d'auto-bronzant, des piercings pleins les ailes et de l'or aux bourses.  Pour lui, la vie, c'est tout. Il kiffe la life. Il aime baiser la vie. Il aime baiser tout court. Il croit au grand amour, entaché de fidélité, mais il se dit que ce n'est pas pour lui, non parce qu'il incapable d'aimer qui que ce soit mais tout simplement parce qu'il kiffe trop la life pour appartenir à quelqu'un. Il aime les nobles sentiments mais lui-même ne sacrifierait sa vie pour personne ni pour aucune cause. Parce qu'il kiffe la life. il rit sous cape des idéalistes qu'il croise dans son journal. Ils ont l'air, si malades, si souffreteux.  Ils font peine à voir, il sont peine à jouir. Ils ignorent encore, à leur âge, qu'on ne donne plus sa vie pour personne ni pour aucune cause, fut-ce au travail.  Dorian prend du Cialis pour baiser et prolonger son érection jusqu'à la fin de la nuit. Il aime les artifices et jouit davantage de la glorieuse bandaison qui se reflète dans sa psyché que du trou-trou de ses petites amies. Il aime le fric – qui est chic - et n'hésite pas une seule seconde à faire une affaire au détriment de ses proches. Parce que pour kiffer la life, il faut être malin. Il a une nature littéraire mais ayant pris acte du décès de la grande littérature et ayant une vive conscience du bébête consommé qu'il y a à y croire encore, il ne lit que les best-sellers et sirote les mojitos de ceux qui sont passé à la tévé. Quand il se fait coincer dans un dîner mondain à propos d'un auteur ou d'un artiste Il va sur Wikipedia. Après quoi, il efface l'historique de navigation. Il bouffe au Fouquet's, passe Noël à Saint Domingue et passe prendre quelques légumes vapeurs chez Picard. Il profite de ses quelques incursions professionnelles en province pour acheter des fromages locaux que les gens du crû ont désormais du mal à se payer. Le vitaliste vote. A gauche ou pas, il croit vraiment que fumer tue.  Le vitaliste croit vraiment que la vie vaut la peine d'être vécue. Le vitaliste est une autre sorte de croyant. Le vitaliste en revanche est athée. Comme c'est un athée malin, il préfère les nouvelles spiritualités, tout comme les nouvelles sexualités. La nouvelle spiritualité, c'est quoi? C'est reconnaître en soi une propension inassouvie à donner un sens à sa vie tout en sachant déjà que c'est la vie la réponse, et que donc les vieux cultes et toute cette sorte de choses, ça ne sert plus à rien. Dieu est mort. Le sens de la vie, c'est la vie. Donc le vitaliste porte vers le ciel un regard éthéré et ému qui lui ouvre un crédit d'humilité et de profondeur suffisant pour continuer à se taper sur le ventre au maximum de ce que les hormones de synthèse lui offriront comme restant d'années à vivre. Mettre un pied devant l'autre, voilà le but. Idem pour la pensée : « Penser: activité qui consiste à mettre une pensée devant l'autre. » [Larousse 2024]

« Mais là tu exagères enfin! Tu es vraiment un foncier pessimiste, un mauvais coucheur, peut-être même que c'est cette vie-là dont tu rêves secrètement, pour toi-même! » entendé-je dire... Oui, je parle mal. Oui j'écris mal, je parle comme je pense, mal. Et là, j'entends mal aussi. Oui, je suis un grand malade. Un auteur souffreteux avec des bébêtes qui grattent. Je prends du Cialis. Je baise à tout va. Je vais chez Picard. J'écoute du rap et de l'électro. Mais comme dit mon ami rappeur MC Jean-Gab1 à Booba, le petit ourson propret du hip-hop: « J't'emmerde! J't'emmerde! J't'emmerde! » J'ai sans doute la même colère que celle d'un rappeur.  Je suis aussi conta-minable qu'un autre, tout autant conta-miné. On ne s'extrait pas de son époque. Surtout celle-ci dont le mouvement de l'immolation suit de près celui de sa dénonciation. Je picole encore. Je tape, je crache. J'ai une colopathie redondante qui m'annonce une joyeuse quarantaine. C'est déjà pas mal. Jusqu'à quand l'alcool sera-t-il en vente libre? Mon pinard à deux euros cinquante, je le vois bien quadrupler ces prochaines années... pour les clopes je te parle même pas de ce qui nous attend, nous les nouveaux lépreux. C'est affreux ce que mes vices me coûtent cher! Je les ai tous. Oui, je capitule. C'est ça. Je sais qu'au fond, mon plus grand souhait, c'est de mettre une pensée devant l'autre. Adieu, abductions fodoriennes, adieu condensations freudiennes! Adonis, donne-moi juste un peu d'esprit d'escalier pour m'aider à descendre doucement les marches de mon caveau funéraire. Tel que c'est parti, la descente se fera en rappel sur corde savonnée, un sale  feed-back dans le cerveau, un plongeon ultra-speed qui m'évitera de casquer le champagne pour fêter mon cancer avec les copains.



Le jeune roi Salomon implorait son vieux Dieu de lui accorder un cœur intelligent, c'est à dire de la perspicacité et de l'humanité pour gouverner son peuple. C'est pas du Kissinger ça, pas du Claude Guéant, ni du Ahmadinejad!  Moi, je demande à Adonis de me bronzer un peu plus, de me mettre de l'huile, sur la gueule et dans les rouages, de m'aider à y aller cool, de kiffer la life, moi et mes poeple. Amen. Mais Adonis m'a encore fait le coup de la dépression. Il m'a dit – et ça m'a vexé – que j'étais trop en colère, que je devrais consulter – un homme en colère aujourd'hui doit « consulter » - voir un peu du côté de chez soi si y avait pas un blème. Il m'a dit que je devrais prendre plus le temps, faire du sport, tout ça. Moi, je veux bien. Mais dis-moi machin, imaginons que tu me guérisses, je vais plus écrire tous ces solécismes et ces gros mots et ces confusions de maux, ces mots de la confusion? C'est ça, hein, que tu veux, machin! Ce qu'il veut le pépère, c'est que je me taise. Il veut pas que dans son foutu royaume écolo-vitaliste ne demeure une seule ombre à l'idyllique tableau, une once de pensée d'avant, de pensée tout court. Alors en vérité, Adonis, je te le dis comme je ne le penserai bientôt plus: « J't'emmerde, j't'emmerde, j't'emmerde! ». [ Evangile selon MC Jean-Gab1 5'33, 2007]

Autre avatar du vitalisme, en images s'il vous plaît: J'attends le bus 39 dans l'abribus de la rue de Cidevant. Je décide de griller un clope. Je m'assied dans cet entre deux du dehors qu'est l'abribus. Je pompe, je cornaque mon clope et me le mets dans le clapoir. J'aspine la pistache et je recrache la fumaga dans l'atmosphère-atmosphère-est-ce-que-j'ai-une-gueule-d-'atmosphère. Et bien figurez-vous que non, ce jour là, j'avais pas une gueule d'atmosphère. Mammy Nova déboule dans mon bastringue éventé et me fais le coup du calumet de la plaie, c'est-à-dire du votre fumée me gêne Monsieur. J'ai beaucoup de respect pour les anciens, les âgés, les darons et toute cette sorte de vieux êtres, bien que j'émette une réserve sur leur conatus: de la question de savoir si leur longévité dans les affaires de ce monde est une histoire de persévérance ou de crapulerie, de désir ou de lâcheté, d'amour ou de veulerie, si leur longévité s'explique par la bénédiction d'Adonis ou de Bacchus etc., je veux toujours savoir si ce sont de vieux jeunes, d'anciens cons ou des consacrés car j'attends une certaine égalité du premier contact comme avec tous les êtres en général, la balance penchant  néanmoins d'instinct en ma défaveur. Je juge bon cette fois de rabrouer la vieille, dressant malgré tout le constat de l'indigence de mes arguments. Car je suis un petit acculé: si je lui dis que nous sommes dehors, elle me répondra que non car l'abri enclot pour moitié nos carcasses languissantes et si je lui réponds que je comprends, que je suis d'accord pour éteindre mon clope, je me retrouve dans la situation inacceptable de plier, non selon une loi commune - il n'y a encore à ce jour aucune  loi interdisant de fumer sous un abribus – mais selon celle, parfaitement arbitraire, de la ronchonne. J'admettrais encore, philosophiquement parlant cette fois, que l'abri est un dedans et rajouterais à ma reddition une faute contre l'esprit. Il va sans dire que mon respect pour les anciens et une rapide évaluation de la situation m'ont fait comprendre qu'il était plus intelligent de se rendre pour cette fois et de faire plaisir à tantine. Le  néo-vitalisme remporterait une manche mais pas la victoire. J'ai bien failli vous avoir. Hors de question de céder une manche sur une partie où chaque coup compte. Je ne cédais en rien aux injonctions de la vieille que rien, sinon le ressentiment de n'être plus Belle au bois dormant, ne venait précipiter sous mes naseaux de dragon fumant. Je m'en tirai pour une protestation scandalisée avec appel à témoins et  un grognement au seuil du bus dont seule la venue subite parvint à faire de moi un clopicide - je précipitai ma cigarette sous ses pneus.

Le vitalisme ne crée pas d'espaces, il enclot jusqu'au dehors. Il recrée malgré lui des entre-deux du dehors et complique à l'extrême tous les processus ordinaires du civisme. MAIS Il NY A PLUS DE DEHORS. La rue devient à son tour le terrain impraticable d'une civilisation au dessus de laquelle il n'est pas d'autre atmosphère à respirer que celle du judiciaire pour nourrir les muscles de son comportement. La « liberté » relative connue jadis en occident rendait possibles le bon comme le mauvais goût, le respect comme la goujaterie, l'éducation comme la muflerie. Le vitalisme décide par avance ce qui est bon de ce qui ne l'est pas. Il sonne le glas du possible et donc, en décidant des modalités de la liberté, il tue la liberté. Mais pas seulement. En judiciarisant l'ordre des valeurs, il précipite ce qu'il souhaite le plus juguler chez ses concitoyens: la muflerie. Comme ces terrasses, ces abris de fortune, ces trottoirs où l'on sent bien que l'on n'est plus ni dehors ni dedans, ces entre-deux ou interstices donnent à l'indiscipline la possibilité d'éclater, ce qu'elle ne manque pas de faire. Il reste donc toujours de la possibilité pour la possibilité mais dans un horizon négatif. Voilà pourquoi on peut affirmer qu'il n'y a plus de dehors en occident. L'indiscipline a plus de chances de triompher sur la discipline dans les maigres intervalles que lui laisse la loi. La loi doit penser les interstices qu'elle ouvre dans la trame dont elle entend couvrir le système. Elle doit penser ses impensés, ce qui est une absurdité constitutive. Mais plus elle coud, plus elle resserre les mailles, et plus les interstices apparaissent en nombre. Les soupapes de sécurité se referment les unes derrière les autres, les sas de décompression sont détruits. C'est un peu comme si l'on fermait toutes les fenêtres d'une pièce sur un claustrophobe en lui promettant d'en percer les cloisons avec une aiguille. Il va sans dire que notre homme aura tôt fait de s'agripper aux fenêtres et votre aiguille, il vous la mettra dans le cul. Mais la loi mise sur le fait qu'il y a peu de claustrophobes. Comme tantine, mon prochain ne craint pas de respirer fenêtre fermée. Le grand paradoxe de cet exemple tabacologique est que celui qui a soif d'air maintient sa prétention de fumer tandis que tantine se persuade de bien respirer dans le caisson hyperbare du néo-vitalisme.

Je tiens que ces anecdotes, téléphoniques, informatiques, musicales, radiophoniques, toxicologiques, sur fond de banquette de bus (trouées par nos clopes, autrefois) participent toujours de la même et unique histoire d'une civilisation rincée, usée jusqu'à la corde de son Même. En temps de paix, les épiphénomènes d'une société ont certainement autant d'importance que les phénomènes historiques qui se produisent à l'étranger sans toutefois l'affecter de près. Heureusement, il nous reste l'humour.

J'ai essayé de manger une semaine durant cinq fruits et cinq légumes différents chaque jour: je me suis colleté une de ces chiasses (jouer le sample: rires)! Du coup, comme avec mon clope et  rien que par esprit de contradiction, je fais le rêve étrange et pénétrant de me taper un bon petit cancer des familles, histoire de témoigner pour la postérité de ce que signifie fumer, boire et manger de la merde. Il y aurait dégueulis à foison: bouts de poumons, copeaux d'intestins et toutes sortes de tripes que j'exhiberais avant de canner, à la gueule de tous les saint pères et les saintes mères des ministères de la santé d'Europe. Je ferais des exhibitions en vidéo que je posterais ensuite sur Youtube. Je filmerais bien entendu mon agonie en  streaming et, pas fou, je vous ferais payer par allopass (1,35€ l'appel et 35 cts la minutes) pour la voir, ce qui éliminerait le problème de mes obsèques et m'éviterait de finir la route à Thiais. Mon voisin a fait la même chose avec son fils handicapé et prostré, en état neurovégétatif: il a mis une webcam dans sa chambre, 24H sur 24, pointée sur la grimace torve de son petit légume (sa mère l'appelle d'ailleurs « mon chou ») et il a, comme ça, récolté quelques dollars. Il a gardé une partie de l'argent pour les funérailles de son fils et avec le reste il a emmené sa maîtresse à Majorque.

Acide, yo? C'est que, malgré des appétences angélologiques, je me retrouve avec le désagréable devoir de faire dans le sarcasme pour éviter au lecteur une désespérite aigüe suivie d'une somatisation furonculeuse à tendance automutilatrice. C'est aussi pour lui faire passer l'envie de me faire passer les miennes que je dilue mon aridité dans l'humour. Du moins, je m'y emploie. Je m'essaie à l'humour et je constate que, vu le sujet, celui-ci se dévoie en sarcasme vinaigré et en une ironie aussi grinçante qu'une porte à battant d'un service oncologie. Le cynisme est devenu le lieu commun de l'humour d'aujourd'hui. J'ai dû me résigner. Comme le reste, il s'est terni au fil des années que dure cette interminable paix des méninges occidentale et a éclaté, lui-aussi et comme la société, en une multitude de fragments.

La mode est la vanne, euphémisme plombier pour désigner le plus souvent la méchanceté et le ressentiment ordinaires que chacun est supposé avoir et reconnaître en soi. La vanne est acide, comme le mojito en vogue. Plus elle est acide, mieux c'est. Un mec cool ne se vexe pas de la vanne car il sait qu'à son tour il pourra, il devra vanner. Un mec pas cool, du genre qui ne se reconnaît absolument pas dans la caricature que son « ami » fait de lui en société, relève la vanne. On dit alors qu'il se vexe, qu'il est ringard, réactionnaire et, vanne ultime, on lui dit qu'il n'a pas d'humour.

Le vanneur ne peut envisager que c'est lui qui n'a plus d'humour, que le propre de l'humour est de rire avec l'autre et non pas à ses dépens. Le vanneur ne peut concevoir qu'il va trop loin, qu'il lèse peut-être sans le savoir une pudeur, un secret, qu'il dévoile une maladie ou une déchirure de l'âme de sa victime. Pire, le vanneur sait qu'il peut faire mal mais il se dit que c'est le pouvoir de la vanne que de tout racheter. Que de toutes les façons possibles et sans exception, la victime qui se plaint de la vanne prouve par là qu'elle la méritait. Elle contresigne le forfait.

Le vanneur est nihiliste. Il croît que la vanne se place au dessus de toute autre valeur car il en a fait la valeur ultime. Son illusion est la suivante: il entrevoit dans l'humour la possibilité de transcender la faiblesse humaine, le ridicule d'un certain engagement (sauf le sien),  l'absurde d'une implication naïve dans les affaires du monde, la grossièreté parfois, de céder au pathos de la misère, de la maladie et de l'épreuve, de se laisser séduire par elles. Mais la solution cynique qu'il préconise en définitive est celle d'un endurcissement massif et générique de l'être. Il fait une totale abstraction de l'empathie, de la compassion, d'une certaine pitié rousseauiste et de l'envie de faire gagner l'homme à la fin. Il a réussi à se hisser sur le promontoire de l'humour mais plutôt que de brosser sobrement et avec finesse le panorama d'un monde agité, il ne fait qu'éructer sur le ravin qui l'en distancie.

Le vanneur est un lâche. Il ne va jamais jusqu'au bout de la radicalité qu'induit sa vanne. Il se rétracte avant. Le vanneur est acide mais jamais incorrect. Il est démagogique. Il suit la pente de l'acidité ordinaire du peuple. Quand il croit enfreindre les codes et être politicaly incorrect  - d'ailleurs, il le dit: « Oh,oh,oh! vous avez vu mon audace, comme elle est grosse! C'est que ce n'est pas politiquement correct, ce que je dis là! » - il est en réalité en plein dans les clous, parfaitement correct. Il est dans ce que le politiquement correct tolère de politiquement incorrect. C'est un peu le théorème de Gödel, version beauf et la seule idée de se positionner selon cette alternative post-moderne qu'est le politiquement correct suffirait à révulser tout homme d'esprit.

La mort de Saint-Coluche nous a tous bouleversé. Il était un saint laïc. Il faudrait vraiment songer à créer un jour férié en son honneur. Apprendre ses sketches aux écoliers... peu importe. Ce que montre la vénération de ses mânes, c'est peut-être la conscience que sa mort était aussi celle d'une certaine fédération de l'humour, de sa cohésion dans l'esprit national et en définitive, la fin d'une cohésion nationale tout court. Aux antipodes de l'esprit communautaire borné et retors des auteurs d'aujourd'hui: Qu'ils donnent dans la contestation et le message devient propagande sitôt qu'ils se choisissent une cible. Qu'ils donnent dans l'antiracisme et c'est une communauté ethnique qu'il font s'élever contre une autre. Il n'est qu'à entendre écumer de bile quelques uns de ces imbéciles. Il serait très tentant de les citer mais cette publicité serait parfaitement déplacée.

Toujours maquillé de son gros sourire rouge et niais, le clown communautaire ou contestataire fait passer en force du ressentiment prêt à avaler pour un public conquis d'avance. Son humour est bête, ses ficelles grosses comme des câbles de cirque ambulant. Il verse souvent dans le pipi, le caca, le « je vé vous faire montré ma quéquette » et autres facilités navrantes. Le public d'un comique n'est pas difficile. Il se met en condition pour rire et il entend bien le faire: rire. C'est la version troupière du pari de Pascal.

Comme le chien ressemble à la vieille dame aigrie qui ramasse ses déchets avec des gants blancs, le public ressemble au comique qu'il va voir. Quand la maîtresse est vieille et desséchée, le chien se fait yorkshire. Quand elle est ronde et dodue, c'est un bouledogue. Quand le comique n'aime pas les autres, son public est misanthrope. Quant il est antisionniste, son public est antisémite. Mais j'en vois qui disent qu'il est parfaitement correct de n'être pas antisémite. Et là, ils ont raison.

Nausée du portrait au vitriol, nouveau gadget hype des plateaux tévé, radio et vécés. Dans le vécé de ma bibliothèque préférée, on voit fleurir des « Sarkozy, petit zyzy », des « pd = joie », vrais condensés des sketches de nos humoristes préférés: Joie de frapper en dessous de la ceinture, joie de l'attaque ad hominem sans aucune autre espèce d'argument qu'un bon sens populaire convoqué jusqu'à l'écœurement, pour conclure à la joie et au fantasme puéril de cette grande fraternisation écolo-homosexuelle mondiale. Le nouvel ordre mondial du rire.

Le vanneur est un rêveur idiot, dévoyé. Le genre qu'il s'est imposé le conduit à sa propre implosion. Soit il s'agit d'un spectacle de marionnettes culte qui perd toute crédibilité tant le terrain qu'il a envahi est celui de la propagande politique, soit il s'agit du chroniqueur ambitieux dont on finit par n'attendre que la méchanceté de trop pour un lynchage-lâchage général. Sur ce terrain, le vrai mauvais, le plus dur, le plus intouchable des méchants, c'est le politique. L'animal politique est un requin dont les trois rangées de dents ont raison de tout. C'est cet homme à qui l'on a dressé un méchant portrait et qui vous assène avec un sourire plein de candeur en parodiant Guitry, que l'essentiel est que l'on ait parlé de lui. Il a juste laissé passer au petit comique une rangée de dents, sans douleur. Les autres sont pour ses vrais ennemis. Rasséréné, le vaillant petit vanneur se prend à vouloir tuer des géants qui lui font croire qu'il en a les moyens. Il ne fera que déchoir aux ambitions gentiment burlesques de sa jeunesse – lui qui voulait juste faire rire - et c'est sur le terrain vague de l'ennui ou de la récupération qu'on le retrouvera, épuisé et définitivement, méchant.

Le comique méchant est devenu est produit vendable comme un autre. Mais il est surtout un mauvais comique. Qu'il se nourrisse des ressentiments du quotidien, des violences urbaines et communautaires, de théories du complot déclinées sous toutes leurs formes, ou de hasardeux engagements en forme de reductio ad hitlerum, il prospère sur la désaffection de l'humour lui-même,  trouvant avec peine sa chute sinon dans celle d'un « cucul transcendantal » lui-même inscrit dans le processus de sa désagrégation. On a l'humour qu'on mérité. Et lorsque le vanneur vous demande si vous « percutez » son propos, il vous demande en réalité si vous aussi, vous avez armé le pistolet que vous pointez, comme lui, sur votre tempe.

Ma bébête me gratte quand je ris d'un nouvel humour qui déferle depuis quelques années seulement. Job se grattait-il quand sa femme lui disait: « maudis Dieu et meurs! »?. Est-ce qu'elle prenait l'accent de la banlieue de Uz pour le tancer? La rancœur de sa femme associée à sa grimace dégoûtée lui faisaient-elles reprendre ce vieil accent babylonien perdu depuis ces années qu'elle côtoyait son mari et que seules la colère et l'ironie ressuscitaient d'un coup? Avait-elle ces pertes de sens, ces confusions de mots, perdue entre un araméen désuet et un hébreu approximatif entre lesquels elle ne savait plus choisir sous l'emportement? Avait-elle de ces dyslexies qui font flores chez les petits comiques d'aujourd'hui? Arrachait-elle seulement, dans ses éructations, un sourire à Job pendant qu'il continuait à se gratter? Plus j'y pense et plus je me dis que c'est possible. De même qu'il est possible alors que le propre sourire de Job fut a posteriori perçu par lui comme une faiblesse et une raison supplémentaire pour lui de s'affliger. Et de se gratter. Le malheur que surajoute cette épouse qui a tout perdu avec son mari, c'est le ressentiment qui lui donne envie de briser non seulement le mari qu'elle a jadis chéri et entouré de ses soins mais de briser le langage lui-même. La colère prend plaisir à voir brûler les maux qui la consument et le ressentiment est l'acte même qui entretient cette flamme. Elle ne veut pas la fin des maux, elle veut s'y appesantir. Elle ne veut pas la fin des mots, elle veut les brûler. Elle a faim des mots qu'elle veut brûler. Le plus longtemps possible.

Le ressentiment est une autre installation. Abraham quitte Ur pour ne pas s'installer dans les maux que sont les murs car l'Eternel a fait comprendre à son peuple les dangers de l'irénisme matériel dont la perte dévoile la face cachée: le sentiment apocalyptique. La sédentarisation de Job témoigne de ce piège. Une vision enflammée du monde fait place à celle, irénique, de son acquisition. Job est suffisamment armé pour ne pas renier son Dieu dans ce changement radical car il est profond. Il est toujours resté ce nomade dont les ancêtres étaient des étrangers partout où ils demeuraient. Il était toujours un étranger dans l'immense propriété grouillante où piaillaient ses enfants. Il se refuse à prendre la perspective qu'il découvre avec stupéfaction chez  son épouse. La lutte qu'il mène dans l'épreuve est métaphysique. Elle est un rapport direct au divin et son discours, si enflammé soit-il, ne brûle pas du même combustible que les charpentes ardentes abandonnées au malin. Il brûle de la seule question d'une justice souveraine dont il se sent l'enjeu profond. Il se fait plus juste qu'il n'est comme un enfant battu par ses camarades se défend devant son père d'avoir jamais été injuste avec un seul de ses amis. Si son père s'afflige des évènements, il ne pourra jamais laver son fils de tout soupçon. C'est le propre de la justice d'être injuste pour tous et de laisser le silence se faire après que la matière porteuse d'éphémère ait éteint ses derniers tisons. La dyslexie de sa femme ne peut dès lors que marquer Job un peu plus.

La dyslexie ambiante au XXIe siècle relève du même enjeu. C'est une vision classique ou irénique de la justice qui se transforme en une vision enflammée. Les mots prennent feu à mesure que prend fin l'irénisme des sociétés jadis prospères. La colère gronde jusque dans les théâtres où les amuseurs s'amusent à tordre le langage plus qu'à jouer avec lui. Parti – en apparence - des simples confusions de mots des étrangers qui ne possédaient pas pleinement la langue du pays, le phénomène s'est étendu à une vitesse folle dans quasiment tous les registres des amuseurs publics. Cet humour dyslexique n'est plus aussi anodin. Il est devenu une façon perverse de tordre le cou à la nuance et d'enterrer toute subtilité. Les mots précis sont renvoyés au précieux de leur prononciation, au ridicule de leur sens et à l'inanité de leur emploi. On kiffe ou ne kiffe pas, il n'y a pas plus de hiérarchie que cela dans la terminologie binaire et régressive de ce nouveau sabir urbain. Les nuances sont pour les fiottes, les pédants ou tout représentant d'une force politique un peu louche. Ce parler de phacochère est aussi un bélier politique. Les hommes politiques, si férus de langage – jusqu'à l'infatuation poétisante chez certains -, ont dû s'accoutumer, et l'on voit de curieux échanges sur les places de marché où il n'est pas rare qu'un élu batte la coulpe de son langage trop policé au profit d'un marmonnement rupestre ou d'une vanne indigne. Car le dyslexique se veut franc du collier. Il semble privilégier les rapports francs et viril et se donne ainsi l'air d'éviter les écueils de l'esbroufe langagière des puissants, ceux de la langue de bois d'autrefois. Il n'en est rien et c'est même pire. C'est la langue de fer qui a remplacé la langue de bois. Elle tranche, elle coupe, elle taillade. De franche elle n'a que l'air. Elle ment tout aussi bien. Elle est tout aussi fausse. Mais surtout, elle n'est plus un dialogue. Sa virilité n'est que le déguisement de la menace et sa franchise celui des représailles. Physiques. Elle est une langue de voyous faite par des voyous qui la codifient comme telle. Nos amuseurs n'ont fait que reproduire le phénomène de ce refus univoque de la culture et des mots qui l'expriment. Et je ne gage pas qu'ils soient totalement ignorant du levier qu'ils actionnent quand bien même il s'agit pour eux d'obtenir une ovation ou un rappel. Nos politiques sont pris dans la tempête de cette démagogie particulièrement dangereuse. Beaucoup en prennent acte et convertissent ce risque en intérêt électoraliste. Une jeune génération d'élus déferle à l'assemblée, très consciente de ce processus quand bien même ils ont mouché longtemps leur nez dans la soie. Ils regardent la même télé. Vont parfois aux dits spectacles. C'est un joyeux retour à la barbarie auquel nous assistons dans un jeu de dupes tacitement acquis. Aussi, le sourire naïf qui me détend la bouche devant ce petit gars essorant le langage comme une éponge en candide émigrant qu'il n'est pas se résorbe en effroi dès lors que le message qu'il s'agit pour lui de faire passer est la négation même de ce théâtre dans lequel il joue. Il convoque le même ressentiment que l'imaginaire épouse de Job et les planches qu'il brûle, avec ses mots, sont les mêmes que le nihilisme de fond qui balaye les sociétés d'occident, bousculées jusque dans leur langage.

Alexis Blas



Toutes les réactions (4)

1. 27/04/2010 00:46 - Arnold

ArnoldD'enfer, ce texte !

2. 27/04/2010 13:37 - Chloé G.

Chloé G.Du talent, tripes éparpillées, cerveau crâmé, un verbe à haute température. Powerfull.

3. 28/04/2010 02:54 - Erwan

ErwanDrôlissime et moderne, félicitations à l'auteur.

4. 10/09/2010 14:48 - Alabamasouls

AlabamasoulsPas mal, mais un peu… lourd.

Ring 2012
Alexis Blas par Alexis Blas

éditorialiste, écrivain.

Dernière réaction

D'enfer, ce texte !

Arnold27/04/2010 00:46 Arnold
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