Sur le RING

Qu’un sang impur… de Gildard Guillaume

SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Julien Leclercq de Rubempré - le 13/04/2010 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Bien souvent, le titre d’un roman n’en dit pas suffisamment sur l’histoire qu’il raconte. Il s’agit évidemment d’une tactique de romancier – ou d’éditeur – pour faire diversion ou tout simplement maintenir un petit suspens. Qu’un sang impur… est tout l’inverse. Le bout de phrase de la Marseillaise le plus discuté est en effet accompagné de points de suspension qui en disent long quant au contenu de cette fresque historique. Massacres, histoires d’amour, portraits de révolutionnaires, injustices, ivresse du pouvoir : Gildard Guillaume passe au peigne fin cette période de la Révolution Française ; où Danton, Robespierre et autres « Septembriseurs » firent régner une Terreur sans merci. Dans ce marasme politique et social, Yolande de Kérodret (une belle jeune fille issue de la petite noblesse, et pas franchement hostile à la Révolution) tombe amoureuse de Jean Lehalleur, un proche de Danton. Grâce à son amant, elle va parvenir à sauver plusieurs membres de sa famille, mais les rapports entre Robespierre et Danton se dégradant de plus en plus, la fatalité historique obligera le couple à une série de compromissions et à plusieurs manigances. Le roman s’ouvre sur un Prologue où nous lisons péniblement la description des massacres perpétrés contre les prétendus comploteurs, emprisonnés au couvent des Bernardins. Trois autres parties, « Préparation », « Exécution », « Expiation » divisent le roman en plusieurs séquences tragiques à travers lesquelles Gildard Guillaume montre son sens du détail et une connaissance parfaite de cette époque où « La Convention se couche » et « est devenue la putain de la Terreur ».

La cruauté et la folie de l’Histoire


D’une certaine manière, Gildard Guillaume emboîte le pas à Anatole France et Les Dieux ont soif. Lehalleur remplace Evariste, le jeune peintre pétri d’idéaux républicains. Certains passages font également penser aux Mémoires d’Outre-tombe, notamment lorsque Chateaubriand décrit ces hordes de barbares qui déterrent les nobles pour les brûler ou – mieux encore – promènent leurs têtes sur des piques pour mieux justifier leur amour de la fraternité. Mais il insiste davantage sur la cruauté inhérente à l’Homme : « Quand un homme, hurlant de terreur, vient se jeter dans ses jambes en poussant des cris, Jean est hors du monde sensible. […] Jean est comme tous les autres, comme tous ces artisans ou commerçants, charretiers ou gendarmes, qui, venus au spectacle de cruautés pour en jouir, sont emportés par le souffle et la foule et enivrés par l’odeur du sang ». La référence à Sénèque et à sa description des jeux du cirque est à peine voilée. Loin de la propagande officielle faisant de tous les Révolutionnaires des petites gens écrasés par le despotisme royal grâce auxquelles la Liberté a triomphé de la Tyrannie, Gildard Guillaume a choisi d’appuyer là où ça fait mal. Sous sa plume, le sang coule à flot et tous les vertueux républicains de la Terreur ne sont ni moins que des barbares assoiffés d’hémoglobine, des centaines, des milliers de Langlois sans divertissement, attendant avec avidité que le sang se répande par hectolitres au pied de la guillotine.

Qu’un sang impur n’a pas la consistance d’un Collier de la Reine, ni la fougue d’un Guerre et paix, ni l’ampleur d’un Quatre-vingt-treize. Mais il est une sorte de téléfilm en deux parties diffusés un lundi soir sur France 2 qui serait fort réussi et qui permet, l’espace de quelques heures, de songer à la fureur qui découle nécessairement de toutes les Révolutions.

Julien Leclercq de Rubempré


Gildard Guillaume, Qu’un sang impur, Albin Michel, 422 p., 21, 50€


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Ring 2012
Julien Leclercq de Rubempré par Julien Leclercq de Rubempré

Chroniqueur littéraire 2009-2010.

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