Sur le RING

Un après-midi de chien

SURLERING.COM - CULTURISME - par Basile Boudini - le 29/06/2004 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Je sais pas quoi faire. C'est dimanche. Et depuis que j'ai l'âge de raison, je hais les dimanches. Je m'emmerde le dimanche. Tout le monde est occupé. Mais je suis persuadé qu'ils font semblant parce que c'est pas dieu possible d'être occupé le dimanche. Simplement, il ne faut pas qu'on soit au courant qu'on s'emmerde le dimanche. Alors, après le sacro-saint déjeuner en famille, on fait semblant de « prendre du temps pour soi ». Expression voisine de « on s'emmerde ».

Je traînais donc mon ennui ce dimanche. A force de cent  pas dans mon gigantesque appartement de l'avenue Foch, j'ai eu la révélation. Ca faisait un bout de temps que je ne m'étais pas fait un ciné-marathon. Allez zou ! Direction les toiles. Au moins, j'aurais un truc à raconter lundi au bureau. J'ai pris mon programme. Et je me suis fait ma sélection. Est-ce que je vais au quartier latin pour aller voir un super polar [1] ? Non, j'ai trop la flemme. C'est loin le quartier latin. En plus, c'est plein d'étudiants désargentés qui taxent des clopes et qui discutent en langage codé du dernier jeu de rôle sur lequel ils passent des nuits blanches au lieu de travailler. Et puis, je préfère de loin aller au cinéma à pied. Semblant de cinéma de quartier. Ou plutôt multiplex de quartier.

Alors, mon choix s'arrête sur « Qui perd gagne » et « Shrek 2 ». Ça sera parfait pour me reposer le cortex. Dans quel ordre ? J'en savais rien avant de découvrir avec horreur que le sort était contre moi.

On avait oublié de me prévenir que ce dimanche coïncidait avec le début de la fête du cinéma [2]. Malgré le magnifique soleil, papa-maman, Frédéric et Louise, les bandes de potes, les vieux et les grappes de copines acidulées se pressaient aux guichets pour ne pas louper les « Yamakasis »[3]  à 1 euro 50 ou les relations maître-esclave de Karin Viard & Agnès Jaoui [4].

Mais pourquoi mon Dieu ? Pourquoi moi ? C'est bien le jour de ta permanence, le dimanche ? Alors, dis-moi, pourquoi ils ne me laissent pas aller au cinéma tranquillement ? Pourquoi ils s'y précipitent sous prétexte que ça n'est pas cher, qu'il faut en profiter parce qu'ils n'y vont jamais ? Ça faisait presque 10 ans que je n'étais pas allé à la fête du cinéma. Quel plaisir peut-on avoir à faire la queue pendant 1/2 heure pour acheter un billet et ensuite attendre encore une heure pour la séance au beau milieu des caprices des enfants et des regards obliques des vieux.

Sans parler des braves employés du cinéma. Un peu dépassés. Un peu beaucoup saoulés surtout. Expliquer quatre cent dix-huit fois comment fonctionne le passeport. « Non, Madame, il n'y a pas de tarif réduit aujourd'hui. » « Oui, Monsieur, c'est valable pendant trois jours  dans tous les cinémas. »

J'ai décidé de ne pas renoncer. Pas question de me laisser gâcher mon dimanche ! Bizarrement, il n'y avait personne dans la file de « Qui perd gagne ». Etais-je donc le seul à vouloir apprendre comment gagner deux fois de suite au loto ? C'est vrai que ça sentait un peu l'arnaque.

Pour tromper mon ennui, j'ai commencé à observer les gens. C'est passionnant à regarder, les gens. Ma file voisinait celle de « Les fils du vent ». Mimétisme et  segmentation efficace, les spectateurs de ce film sont des Yamakasis. Moyenne d'âge15 ans, look de skateur-rappeur portable autour du cou, le collier de perles du XXIème siècle.

Deux heures après, abreuvé de pub pas subliminales, je me demandais comment il est possible de choisir un aussi mauvais acteur pour le rôle du petit garçon. Sorti la semaine dernière, « Qui perd gagne » ne fera pas une belle carrière. M6 s'est encore planté.

Pas le temps de m'appesantir, rentabilisation oblige. Re-queue pour « Shrek 2 ». Je n'avais pas vu le premier. Pas grave, il suffit juste de savoir que la princesse est devenue un ogre par amour pour Shrek.

Pour tuer le temps, je suis allé me taper un MacDale - y'a pas que le grec dans la vie, il faut savoir être gastronome - et suis revenu, bon mouton, attendre ma séance au milieu des commentaires bouleversants de bon sens des Yamakasis. Car j'étais, cette fois encore, à côté des amateurs d'alpinisme urbain. J'aurais aimé avoir sur moi un magnéto pour vous faire partager leurs analyses. J'ai tué le temps en fumant. Ca devient cher le cancer.

« Shrek », c'est très bien ficelé. Quand les Américains s'y mettent, ils nous laissent très loin derrière. C'est pas rien un film d'animation à deux niveaux : un pour Frédéric et Louise, un pour papa-maman. Tout le monde il est content. Etonnement pas beaucoup de Français au générique, alors que tous nos graphistes sont censés faire les beaux jours des studios américains...

Je suis sorti vers 22h15. Rentré à la maison, j'ai regardé un autre film. Un film avec Bourvil [5]. J'aime bien Bourvil.


Basile Boudini


[1] « L'enfer de la corruption » (« Force of evil » - 1948) d'Abraham Polonsky

[2] La fête du cinéma : du 27 au 29 juin, partout dans Paris. Ailleurs, je sais pas.

[3] « Les fils du vent » de Julien Séri (Du vent dans la tête ?)

[4] « Le Rôle de sa vie » de François Favrat.

[5] « Le cercle rouge » de Jean-Pierre Melville, avec pas qu'André Bourvil



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Basile Boudini par Basile Boudini

Chef de service Médias 2003-2004

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